Auteur : Félix Franscico Casanova
Traducteur : Marianne Millon
Date de saisie : 08/07/2010
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : ALLUSIFS, Montréal, Canada
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 9782923682068
GENCOD : 9782923682068
Sorti le : 23/04/2010
Quand le poète Bernardo Vorace est fatigué de la vie, il se loge une balle dans la cervelle en lisant Les Fleurs du mal. Hélas, il finit toujours par se réveiller. «Tu es Dieu», lui dit Marta entre deux fusains érotiques, «tu es le diable.» Or l'immortalité donne des envies de meurtres et une nuit un bouc halluciné sort d'un puits pour dévorer le monde entier. Ne reste qu'un cochon de poète avec te coeur le plus noir de la terre.
Félix Francisco Casanova est né en 1956 à Santa Cruz de La Palma (îles Canaries) et il est décédé à l'âge de dix-neuf ans par suite d'une fuite de gaz. D'après son journal intime, il écrivit Le don de Vorace en quarante-quatre jours, entre le 9 juin et le 23 juillet 1974. Il était alors âgé de dix-sept ans.
«Redécouvrez le Rimbaud espagnol. [...] Ce roman [...] est rapidement devenu un livre-culte qui recèle les clés du talent enragé d'un jeune homme qui passait ses journées à écrire et à écouter Soft Machine et John Coltrane, et qui mourut à dix-neuf ans dans des circonstances étranges.»
Le Don de Vorace, de Félix Francisco Casanova, est un roman qui embarque, d'un coup, à l'intérieur même du kaléidoscope. Le chemin, le fil à ne pas quitter, suit l'histoire d'un jeune écrivain qui, à force de suicides ratés, prend conscience qu'il est immortel. Et cet incroyable don, le séparant de ses semblables, va l'entraîner dans la négation de la vie et le mépris des autres...
Un bestiaire à la Jérôme Bosch envahit le décor de ce livre fantastique, déjanté, surréaliste, psychédélique, halluciné. Les anges gardiens y deviennent des rats ailés et les nuages des animaux grimaçants. Mais bien davantage que le récit infernal des turpitudes d'un monstre, Le Don de Vorace raconte plutôt les affres d'un "cochon de poète avec le coeur plus noir que la terre"...
Ce seul roman, emporté d'invention, de lyrisme fiévreux, est oeuvre de jeunesse. De jeunesse éternelle.
Si la comparaison avec l'auteur d'Une saison en enfer est un tantinet facile, il faut s'incliner devant le talent inouï de ce jeune poète, couvert de lauriers pour ses recueils publiés à 17 ans... Visionnaire, désespéré, sarcastique et romantique en diable, et drôle, et méchant : tel est le Casanova que nous découvrons aujourd'hui. Un trublion, un clown, un «monstre», ainsi que se définit le narrateur, Bernardo Vorace, le double de Casanova. Vorace ne souhaite qu'une chose : atteindre «l'immortalité» à savoir «être Rilke, Bach» ou rien. Dans sa quête de l'éternel, il liquide les gêneurs, tout en se laissant bercer par sa petite amie qui lui susurre à l'infini des «Tu es Dieu, tu es Dieu !». Entre déflagrations rock'n'roll et divagations métaphysiques, Félix Francesco Casanova a un don, celui de la dérision : «Je jette un coup d'oeil à ma montre, dans quelques minutes, il sera treize heures. Aujourd'hui, 28 décembre, j'ai vingt-cinq ans. J'imagine quand j'aurai vingt-cinq siècles et je ne peux m'empêcher de bâiller.»
Il y a une bonne raison de lire ce livre : rejoindre corps et âme les années 70. Le Don de Vorace est conçu et donné comme une expérience, une performance, telle qu'on en faisait en ces années-là. On est dans une petite boutique des horreurs vintage : impression d'écouter sous acide les solos de guitare ou de saxo tendance rock ou free jazz, nerveux, rapides, interminables, d'un gamin surdoué, comme une succession improvisée de cris, citations, court-circuits. C'est curieux, plein de surprises et d'insatisfaction...
Cette tension au cabrage, ce geste agressif et transgressif de l'adolescence, se sont exprimés collectivement dans les années 1969 et suivantes. L'auteur y était. Comme son personnage, c'est d'abord un bon poète : au milieu du gué, dans le courant furieux. Il semble vivre et écrire en «se réveillant et se couchant/ en même temps». Un poème fixe cet état, cette contradiction :«Est-ce l'heure/ De supposer parfait notre style,/ D'avoir créé, peut-être,/ La communication véritable/ Pour aussitôt la rejeter ?» Cette heure, les pendules qu'on vend ne la donnent jamais.
Je me sens vraiment mieux. Les virgules d'eau sur la vitre estompent le paysage, ou alors ce sont mes yeux qui déploient ce rideau de pluie autour de moi. Je crois que j'ai souri exactement comme les moribonds joyeux, mais cette fois non plus je n'arrive pas à mourir. Je parviens au comble du grotesque.
Je compte jusqu'à dix et je me propulse en avant. Mon dos semble collé au matelas avec du chewing-gum, les draps sont le prolongement de ma peau et cette sueur d'animal malade me parcourt le corps comme un péché. Je commence à harnacher la bête de mon cerveau : la monture du raisonnement, les éperons de la logique. Je me débarrasse de ma veste de pyjama comme si j'ôtais celle d'un mort. Je remonte mes pieds du fond du lit, je ne les aurais jamais crus aussi lourds. Je suis sûr qu'on me prendrait pour un zombie sortant de son cercueil. La dyspnée diminue. Je me retrouve soudain debout, en tremblant j'essaie de m'accrocher à la commode, mais il n'y a plus de commode, juste un petit tabouret qui supporte des flacons de médicaments. J'en attrape un en forme de bouteille et je le place à la hauteur de mes yeux, mais je ne parviens pas à relier plus de deux syllabes. Bon sang, c'est illisible ! (J'ignore si je pense ces mots ou les prononce.) Je ne sais peut-être plus lire, amnésie totale.
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