Auteur : Roger Jouet
Date de saisie : 02/06/2010
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : OREP, Cully, France
Prix : 29.00 € / 190.23 F
ISBN : 9782815100113
GENCOD : 9782815100113
Sorti le : 12/11/2009
Il serait évidemment illusoire (et inutile) de tenter de recenser tous ceux qui ont tenu la plume en Normandie depuis le Xe siècle, et laissé derrière eux quelque ouvrage. Roger Jouet en retient dans ce livre environ 200, auxquels il consacre une notice plus ou moins développée. C'est dire qu'au-delà des incontournables Corneille, Flaubert, Maupassant et Barbey d'Aurevilly, il accueille beaucoup d'écrivains moins connus, parfois oubliés, mais non sans mérites. Qui se souvient encore d'Albert Glatigny, charmant poète mort à 34 ans en 1873 ? De Richard de Lison, auteur au XIIe siècle de l'un des meilleurs livre du Roman de Renart ? De Chênedollé, qui aurait peut-être éclipsé Lamartine s'il s'était davantage hâté de publier ? De Vauquelin de La Fresnaye, poète dans le goût de Ronsard et homme de tolérance dans un siècle troublé ?
Tous ces auteurs, Roger Jouet les évoque en s'attachant avant tout à leurs liens avec la Normandie. Y ont-ils vécu longtemps ? Y sont-ils revenus s'ils avaient dû la quitter ? A-t-elle inspiré leur oeuvre ? Que Roland Barthes soit né à Cherbourg est de peu d'intérêt, puisqu'il le doit au hasard et n'y restera qu'une année, sans plus jamais y revenir. En revanche, que Jacques Prévert choisisse de venir finir ses jours dans la Hague, et qu'il tombe amoureux de cette région, en fait presque un auteur normand. Plus que des biographies ou des études des oeuvres, c'est ce rapport à la Normandie que l'on a constamment privilégié.
Plusieurs originalités de ce livre : il accueille comme des écrivains à part entière les auteurs patoisants, trop souvent oubliés ou méprisés, et un chapitre leur est consacré. De même, il fait une place à de grands historiens qui, de Mezeray à Michel de Bouärd, ont honoré notre province par leur érudition et la qualité de leur plume. Et un chapitre enfin est consacré à ces grands «horsains», que la Normandie ne saurait revendiquer, mais qui les a parfois séduits, marqués, voire inspirés : de Balzac à Simenon, en passant par Hugo, Michelet ou Zola...
D'une plume alerte, qui n'exclut ni la critique ni l'humour, Roger Jouet nous fait parcourir dix siècles de littérature normande. Revendiquant le droit à l'arbitraire dans le choix des auteurs, il revendique aussi sa pleine liberté de jugement, qui lui fait préférer Saint-Amant au tyran des lettres Malherbe, et avouer ses réserves sur Barbey d'Aurevilly.
Roger JOUET Universitaire, spécialiste de l'histoire du Moyen Âge est l'auteur de plusieurs livres sur cette période. Il s'est toujours passionné en parallèle pour la littérature, notamment pour la poésie en général et le roman du XIXe siècle. Lui-même s'est essayé à la fiction avec un recueil de nouvelles, «Normands» (OREP, 2004), qu'Yves Jacob avait qualifié de «Coup de maître. Éblouissant»
Extrait de l'avant-propos
Écrivains de Normandie, Écrivains en Normandie ! Le sujet est si vaste qu'il faut d'emblée lui assigner des limites ! Si l'ambition était de recenser tous ceux qui, en Normandie, ont tenu une plume et publié quelque ouvrage, il y faudrait un dictionnaire en plusieurs volumes. Et encore ne parviendrait-on pas à l'exhaustivité ! Serait-ce d'ailleurs faire oeuvre utile que d'exhumer des auteurs légitimement voués à l'oubli par la médiocrité de leurs ouvrages ? Ne vaut-il pas mieux laisser le rouennais François de Sagon, célèbre en son temps pour les pamphlets assez misérables qu'il répandait contre Clément Marot, dans les limbes littéraires où il est vite tombé ? Et n'est-ce pas pure charité que d'oublier le Baron de Brix, auteur d'un poème sur les Léopards de Normandie des plus insignifiants ? Quant à tous les hommes d'Église qui ont cru devoir écrire des Sermonnaires, des exhortations à la vie dévote, ou des commentaires des Évangiles, ne vaut-il pas mieux en laisser la pieuse cohorte au paradis qu'elle s'est légitimement gagné ? Le problème demeure du choix entre ceux qu'on écarte et ceux qu'on retient : l'auteur revendique le droit à l'arbitraire !
Qu'est-ce qu'un auteur normand ? La réponse est malaisée. Être né en Normandie est un critère, même s'il n'est pas toujours déterminant : Fernand Fleuret était né en Lorraine, quoique parfaitement normand. Et André Breton ou Roland Barthes, nés en Normandie au hasard des mutations professionnelles de leur père, n'en sont pas pour autant des écrivains normands. Et puis, on peut devenir Normand, et c'est l'une des qualités de cette province que d'accueillir volontiers les talents : la comtesse de Ségur, Helvétius en témoignent. L'influence qu'a pu exercer sur un écrivain ses origines ou son implantation normandes, la place qu'occupe la Normandie dans son oeuvre, sont évidemment plus intéressantes que le seul lieu de sa naissance. On a donc privilégié dans les notices les rapports qu'a pu entretenir un auteur avec la Normandie. Y a-t-il grandi ? A-t-elle inspiré son oeuvre ? Y est-il revenu souvent, s'il a dû la quitter ? Semble-t-il l'avoir oubliée ? Sans y être né, l'a-t-il adoptée ? C'est à des questions de cet ordre qu'on trouvera ici quelques réponses. En revanche, il a paru inutile, (l'auteur n'en aurait d'ailleurs pas eu le talent !) de donner une Nième analyse de l'oeuvre de Corneille ou de celle de Flaubert : les aspects normands de leur vie et de leurs écrits nous intéressent seuls ! Pour le reste, on s'est contenté de rappels sommaires, voire allusifs.
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