Auteur : Elodie Le Comte
Date de saisie : 28/10/2008
Genre : Sports
Editeur : Slatkine, Genève, Suisse
Prix : 38.00 € / 249.26 F
ISBN : 978-2-8321-0289-3
GENCOD : 9782832102893
Sorti le : 28/10/2008
Bien que Genève ne soit pas a priori une cité alpine, elle entretient, depuis l'épopée de Saussure au Mont-Blanc, des liens privilégiés avec l'histoire des Alpes et de l'alpinisme. Dès la fin du XIXe siècle, la ville a vu naître près d'une centaine de clubs de montagne, qui sont autant de manifestations de l'attrait des Genevois pour les activités alpines. À cette époque débute également l'histoire des varappes, sur les parois d'une montagne «genevoise» par adoption : le Salève.
Au sein de ce microcosme alpin, le présent ouvrage entrecroise les parcours de trois sociétés : tout d'abord, le Club alpin suisse, institution d'envergure nationale dont l'ambition est de représenter les amateurs des Alpes dans leur acception la plus large, et plus particulièrement sa section genevoise, créée en 1865 ; ensuite, le club de haute montagne Androsace, fondé en 1920 sous le nom d'Ondine des Alpes, et enfin le GAO (Groupe Alpin Ouvrier), fondé en 1945. L'un et l'autre réunissaient une élite de grimpeurs, dont certains ont largement contribué à forger la renommée internationale de l'alpinisme genevois.
Afin de retracer la vie de ces groupements, il a été nécessaire de recourir à l'histoire orale pour parer aux lacunes des sources dites «traditionnelles». Une série d'entretiens vient ainsi compléter une documentation abondante, mais disparate - et souvent dispersée. Entre histoire et mémoire, ces témoignages constituent une archive inédite à l'intérieur d'une réflexion portant sur l'évolution du regard des alpinistes vis-à-vis de leur propre pratique. Le but était également de rendre hommage à certains acteurs qui, à des niveaux parfois différents, ont marqué un cercle, un style, une époque. L'alpinisme, quant à lui, est envisagé en tant qu'activité évolutive, expression des horizons d'attente d'une société et des tensions qui la traversent.
Élodie Le Comte est licenciée es Lettres de l'Université de Genève. Citadins au sommet (Prix Ador 2006) est le titre de son mémoire de licence en histoire, dirigé par le Prof. F. Walter. Elle est actuellement engagée comme chercheuse pour le Fonds National Suisse dans le cadre d'un projet intitulé «Faits associatifs, territoire et société : l'histoire du Club alpin suisse (1863-1945)», dirigé par le Prof. G. Haver. Ses principaux centres d'intérêt sont l'histoire culturelle des Alpes et de l'alpinisme, et l'histoire orale. Elle est elle-même une passionnée de montagne.
Extrait de l'introduction :
«[...] c'était bien ce bonheur-là que j'avais si longtemps poursuivi parmi les hautes montagnes, sous l'haleine de tant d'aubes glauques et glaciales, dans le pli rude de tant de couloirs, au fil de tant de cimes éclatantes et nues : le naïf bonheur de traverser, vif et périssable, un cercle où nul coeur ne bat sous l'écorce des pierres, des tristes pierres immortelles.»
Samivel, L'Opéra de pics, 1944.
À l'origine de cette recherche historique sur l'alpinisme genevois se trouve pour nous la passion de la montagne. L'ascension d'un sommet ou d'une voie d'escalade est également un moyen de se plonger dans une histoire : celle des gens qui y sont associés et de l'époque où elle s'est réalisée pour la première fois. Certains itinéraires, aujourd'hui classiques, mettaient hier en défaut les meilleurs alpinistes. La possibilité de replacer ces événements dans leur contexte historique acquiert à notre sens, un double intérêt : d'une part, elle enrichit le regard que l'alpiniste porte sur sa propre pratique, de l'autre, elle permet d'envisager l'alpinisme comme une activité évolutive, expression des horizons d'attente d'une société et des conflits idéologiques qui la traversent.
Ceci étant, il s'agissait de déterminer les lignes directrices d'une démarche centrée sur l'alpinisme à Genève. Incontestablement, l'histoire de cette pratique croise les destinées d'acteurs genevois. Dès ses origines, le lien entre la cité de Calvin et les Alpes se manifeste très clairement : on songe bien sûr à la fascination exercée par le mont Blanc sur Horace-Bénédict de Saussure. Dès 1760, l'ascension de ce sommet devient une véritable obsession pour le savant, à une époque où ce genre d'entreprise reste le fruit d'initiatives isolées. Principal promoteur de cette conquête, Saussure est souvent considéré comme l'«inventeur» de l'alpinisme. Lorsque, le 3 août 1787, à onze heures du matin, il parvient enfin sur la cime tant convoitée, une ère nouvelle s'est ouverte dans le rapport des hommes à la montagne. L'«épopée du mont Blanc» poursuivie durant un quart de siècle, marque les débuts d'une passion sans précédent pour les sommets.
L'alpinisme naissant, alors placé sous le sceau de la science, ne cessera ensuite d'évoluer au gré d'influences sociales, culturelles, politiques ou géographiques. Au cours du XIXe siècle, sa finalité savante est petit à petit contestée par tous ceux qui entendent faire de l'alpinisme pour l'alpinisme. Les clubs alpins, fondés dans la deuxième moitié du siècle, se posent quant à eux comme lieux de légitimation d'une pratique dont ils n'arrivent pas pour autant à fixer définitivement les contours. Tandis qu'au sein des Clubs alpins suisse ou français se généralise la vision d'un alpinisme de nature contemplative, où l'intérêt pour l'effort n'est jamais à dissocier des valeurs éducatives ou morales, une tendance plus techniciste se met en place durant le premier quart du XXe siècle, cristallisant la question déjà controversée de l'alpinisme en tant que sport.
Cette analyse forme la base du remarquable travail d'Olivier Hoibian sur l'alpinisme en France, dans lequel on trouvera la trame de la réflexion proposée ici. Plus modestement bien sûr, nous avons voulu porter notre attention sur la façon dont ces revendications se sont exprimées au sein de la communauté genevoise des alpinistes.
Cette dernière offrait-elle matière à une telle démarche ?
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