Passion du livre - tout sur le livre : L'accoucheuse de lumière
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.. L'accoucheuse de lumière

Couverture du livre L'accoucheuse de lumière

Auteur : Coline Florent

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Anne Carrière, Paris, France

Collection : Roman

Prix : 17.50 € / 114.79 F

ISBN : 978-2-84337-408-1

GENCOD : 9782843374081

en vente sur logo Amazon.fr Librairie Dialogues


  • La présentation de l'éditeur

Christelle, femme mystérieuse et solitaire, connaît tous les sentiers de la vallée, des collines et de la montagne qui clôt son univers. Durant sa vie, elle a arpenté ces chemins à la recherche de plantes odorantes ou médicinales, dont elle transforme les fleurs, les feuilles et les graines en crèmes parfumées, de soin ou de beauté. Elle prépare aussi des baumes, des tisanes et autres remèdes, en respectant le savoir que lui a enseigné sa mère, sa marâtre, comme elle la désigne le jour où elle découvre qu'elle est une faiseuse d'anges...
En cette fin de matinée d'un mois d'octobre ensoleillé, Christelle fait une chute dans un endroit isolé. Sous l'effet de l'immobilité imposée, les souvenirs affluent, qui lèvent le voile sur la vie de l'accoucheuse de lumière. Robinson, l'amour d'enfance, passionnément aimé, surgit du passé; il entraîne dans son sillage Sylvie, Igor, Emilie... révélant le secret que Christelle cache jalousement. Le temps rebondit alors du passé au présent, pour tisser une existence qui ressemble à cette terre dure, mais généreuse. Lumineuse Christelle, qui se tient à distance de la rumeur du monde et qui, malgré elle, accouche les vies qui la croisent.

Coline Florent est auteur et plasticienne.
Elle se partage entre l'enseignement des arts plastiques et l'écriture de scénarios et de pièces de théâtre.
L'Accoucheuse de lumière est son premier roman.





  • Les premières lignes

Le cri d'un rapace déchire le ciel délavé.
Elle ouvre les yeux et suit du regard les cercles que dessine l'oiseau de proie. Un aigle royal.
Le soleil tape en plein son visage. Elle grimace, repoussant de ses rides les gouttelettes de sueur qui s'acharnent à dégouliner le long de ses joues. Sa peau tavelée de vieille est rougie et bleuie par les coups de soleil. Sa face monstrueuse tournée vers le ciel semble un défi à la lumière du jour. Elle renifle bruyamment. Sa manière à elle de se sentir encore vivante.
Elle est là, couchée sur le dos, depuis bientôt quatre heures.
À 10 h 05 exactement. C'est bien parce que j'ai voulu regarder cette satanée montre que je suis tombée ! Le pied a ripé sur un éboulis de pierres, je les ai senties rouler sous mon talon, et je suis tombée... Coincée entre deux roches. La poisse, quand elle s'y met la salope, on a intérêt à faire le dos rond afin qu'elle passe au plus vite et nous oublie dans le même temps... Je déteste ça. Je déteste me retrouver ainsi prise au piège comme une souris dans une tapette !... Le dos, sans doute. La colonne vertébrale ou quelque chose comme ça... Peux plus bouger, pas même le petit doigt.
Elle lève le menton vers le ciel, comme si un fil invisible allait tirer tout son corps de bas en haut, des talons jusqu'au menton. L'effort tendant ses muscles sous les chairs flasques reste sans effet.
Elle soupire.
On ne m'ôtera pas de l'idée que ma colonne est foutue... Si je dois finir dans un fauteuil, autant crever tout de suite.
Le glatissement l'interrompt dans ses pensées.
L'aigle tourne encore, stoppe son vol et, immobile, semble un instant punaisé sur le bleu du ciel. En un éclair, tel l'ange maudit dans sa chute, il trace sa descente jusqu'à la proie convoitée.
Elle le voit fondre sur le lièvre qui détale, affolé, d'entre les pierres. Son champ de vision est obstrué par sa main, pogne énorme et ravinée, aux doigts recroquevillés. Elle ne peut voir ses ongles cassés, encrassés, noircis par les travaux de la terre. Et encore moins ses jambes lourdes, aux pieds chaussés de godillots de cuir aux semelles usées et trouées. Elle réussit à incliner légèrement la tête en avant ; émerge alors, de derrière les deux collines de ses seins, tel un îlot grossier, son ventre aux courbes larges que les flancs réceptionnent en douceur. Le contour de son nez se découpe sur fond de cotonnade aux dessins fleuris vieillots et passés. Des taches de gras, de sucre et de vin se mêlent au décor.
C'est bête, j'aurais dû mettre une autre robe... On va me trouver sale. De toute façon, ils pensent tous ça... que je suis sale. La robe prune aurait fait l'affaire, ça marque pas, les taches sur le foncé.
Elle laisse retomber sa tête en un mouvement en orbe, surprenant de douceur. Elle ferme les yeux. Une larme s'échappe qui suit doucement les crêtes formées par les sillons de sa joue étoilée.
Sylvie...
Sylvie. Cela fait si longtemps.
Sylvie... aide-moi, j'ai besoin de toi...
A-t-elle déjà prononcé une phrase pareille ? De sur­prise, elle ouvre les yeux. Comment se peut-il... Elle, elle qui avait bâti sa vie dans une seule direction : unique, unilatérale, droite, une vie qui ne devait rien à personne et encore moins à Dieu, comment pouvait-elle ainsi appeler Sylvie à son aide ?
Sylvie est morte, pauvre folle !...
De rage, elle lape du bout de la langue la larme tremblotante qui amorçait sa descente dans le fossé creusé au coin de la lèvre, trace des sourires devenus grimaces avec le temps.
... Et moi, je vais mourir bêtement.
Sylvie. Cela remontait loin. Plus de quarante ans. Quarante-quatre, exactement. Sylvie est morte à vingt-huit ans.


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