Auteur : Jean-Charles Schwartzmann
Date de saisie : 21/05/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Arcadia, Paris, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-913019-48-5
GENCOD : 9782913019485
Sorti le : 21/05/2007
Du rire aux larmes, de l'érotisme à l'anticipation, ce roman unique promène le lecteur dans un cycle infernal entre attirance et répulsion. Ce livre ne se lit pas, il se mange et se digère comme un morceau de viande. On ne peut être qu'étonné par une telle maîtrise du récit, de la langue et du style. Plongez dans cette histoire d'amour carnassière entre Nixus Manduco et Cora, deux jeunes êtres liés par la chair.
Auteur, metteur en scène, acteur et musicien, Jean-Charles Schwartzmann a écrit ce livre à 24 ans, un roman comique, mais aussi d'une violence et d'un érotisme inouïs.
Le style et la langue utilisés font de ce roman un livre inoubliable, qui marque durablement le lecteur.
ON GRAILLE TOUS EN SILENCE. C'est pas de la dinde qu'on a chaque Noël, nous, c'est de la caillette. Chaque Noël, de la caillette. Et chaque semaine de chaque mois, on becte cette foutue caillette.
Y a mon frère qui pelote ma soeur et ma mère, elle dit :
- Guy...
Et le père il dit :
- Guy, t'as entendu c'que t'a dit ta mère ? Et Guy il arrête de peloter ma soeur.
Mon frère il s'appelle Guy. L'est un grand rachitique qu'a deux années de plus que moi. Il est tellement pourrave que j'ai du mal à me dire qu'on a le même sang dans nos viandes.
Je me demande comment ma mère elle a pu épouser un poucave comme le père. Dans sa jeunesse, elle devait aimer les gueulards qui cognent dans les bals, ma mère, parce que c'est pas Dieu possible autrement.
Le père autant dire qu'il est gaillard. Lui, son truc, à part le pâté et le bricolage, c'est la chasse. Ça, pour sûr, l'aime bien la chasse et y s'en fout ben pas mal des jours d'ouverture de la chasse. Y chasse quand y veut. Le problème, c'est qu'on a pas de clébard parce que ma mère elle déteste les clébards, alors y ramène pas souvent grand chose, parfois un lièvre qu'il a tiré à bout portant.
Pour faire de la caillette y faut de la coiffe de porc qu'on lave dans de l'eau qu'est vinaigrée et qu'est tiède. Pour la garniture y faut de la salade frisée ou de la scarole bien hachée, du gorgeron de porc, un peu de la chair à saucisse, du persil, du thym et un peu de rhum. Après, faut découper la coiffe de porc de façon que ça fasse des boules et on garnit les boules avec la garniture. Faut faire cuire à feu chaud et après on les mange. Froides ou tièdes.
Ma soeur elle a quatre ans de moins que moi et pour dire la vérité, c'est une foutue garce. Elle l'aura son temps où elle se recevra des mandales dans la caboche. Mais pour l'instant, elle suit le chemin de ma mère. Leur truc à elles, c'est le Bon Dieu. Alors, la petite soeur elle prie avant d'aller à l'école et en rentrant, puis, on dîne et puis elle prie avant de se coucher. Le dimanche, elle accompagne ma mère à la messe et elle me cause pas trop sous prétexte que je croye pas en Dieu. Ça, pour sûr, je le tiens du père, ça.
Ma soeur elle s'appelle Thérèse.
Manduco c'est notre nom.
Bah... On graille notre caillette, j'ai vingt ans, des centaines de torgnoles sur tout le corps et je suis bien vivant. Je suis pas lopette moi, pour sûr, je vois pas pourquoi je me plaindrais. Pour que le paternel il se foute de ma gueule et qu'y me foute une rouste de plus ? Ah, ça non, foutre, foi de moi-même.
Je m'appelle Nixus. Foutre...
Et le père il dit :
- Ah, panse à foutre...
- Quoi «Panse à foutre» ? qu'elle dit ma mère. Et le père il répond comme ça, du tac au tac :
- Quoi «Quoi» ?
Copyright : Studio 108 2004-2012 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli