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.. La femme blanche est fatiguée

Couverture du livre La femme blanche est fatiguée

Auteur : Marie Chotek

Date de saisie : 21/05/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Arcadia, Paris, France

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 978-2-913019-49-2

GENCOD : 9782913019492

Sorti le : 21/05/2007

en vente sur logo Amazon.fr Librairie Dialogues


  • La présentation de l'éditeur

Voici dix nouvelles sensibles et drôles à la frontière de la réalité et de l'imaginaire. Récits virulents où se mêlent tendresse et dérision, redonnant ainsi le sourire à l'éternelle fatiguée (ou fatigué) qui sommeille en nous tous. Chaque nouvelle est une authentique rencontre, de celles qui touchent et nous attachent profondément aux personnages que Marie Chotek nous dépeint

Ces nouvelles de femme, écrites pour les femmes, doivent être surtout lues par les hommes. Marie Chotek dresse un portait décapant de ces femmes qui doivent faire face à leur travail, leurs enfants, leur conjoint et leurs amis... quand elles ont tout cela !

Marie Chotek écrit des nouvelles et a déjà publié en revues. La Femme blanche est fatiguée est son premier livre.





  • Les premières lignes

LA FEMME BLANCHE EST FATIGUÉE

J'étais fatiguée. Tout ça pour ça. Moi, mes amours absentes. La femme de l'autre, sans moi être la sienne, à lui. Directrice marketing des sous-vêtements Foufouny, causes toujours ma cocotte... professionnellement très appréciée, c'est vrai, mais dormant seule, ne le nie pas, ton appartement d'un genre désert grand, les clubs, l'été, avec buffet et cafard à volonté, sans oublier, pour dessert, les rencontres des petits soirs. La poésie dans ton coeur, grande cloche, et des rimes pauvres sur ton oreiller, un genre Souchon ta ballade, douce-amère, ma fille, mais sans la tendresse et la consolation de la Souche.

Ma mère faisait les carreaux, les siens et ceux des autres. Mon père avait les pieds sous la table mais il ne lisait pas le journal car il rentrait trop aspergé. Mes soeurs ont suivi la carrière. Les maris ne sont pas alcoo­liques mais ils rentrent tard, du parfum dans le cou ou fatigués comme des centenaires parce que, quoi qu'on en dise, on travaille beaucoup de nos jours pour son niveau de vie.

Moi, j'ai pas voulu la suivre la carrière, la leur, pavillon et traites jusqu'à la concession pour l'éternité. J'ai étudié, à la grande école, et j'ai grimpé dans le Marketing. Mais ça n'a sans doute rien à voir avec le fait que je me retrouve seule, à la quarantaine petit pois et que, comme une petite vieille, je me concentre désormais sur l'essentiel. Bien mâcher, me coucher tôt, la nature sous les pieds, parfois, et la soupe aux sans-abris le soir, pour dire que je ne pense pas qu'à moi. J'ai grandi le coeur épais, plein de couches sur le dessus, le temps de se désépaissir, ils étaient tous pris, les coeurs. J'ai aimé, un jour, grande cloche, mais c'était le coeur d'un coeur déjà occupé. Je sais, l'histoire radote, combien sommes-nous dans ce wagon-là ? J'en fais pas une tragédie mais je peux me sentir amère quand y en a qui ne comprennent pas l'origine des solitaires. C'est comme les guerres, on y est tous pour quelque chose mais personne n'a envie de ça, la guerre, alors pourquoi on devrait quand même en crever ?

Un jour, ça a été à nouveau les vacances. Le grand découragement m'a saisie, j'étais dans l'attente d'un bus. J'allais visiter ma mère qui habite un fauteuil roulant avec d'autres, pas plus frais qu'elle. Ils ont la même maladie, ils sont vieux. Un grand Noir en djellaba bleue est arrivé. Il s'est assis sur le banc à côté de moi, et j'ai sauté en l'air, la différence de poids. Il a rigolé, ah ah, grandes dents blanches dans visage très noir, avec grigri autour du cou et petit bonnet sur le crâne. J'ai serré mon sac contre mon sein. J'ai fixé le bâtiment d'en face, comme si c'était intéressant. Il a commencé à jouer avec son portable pour lequel, si ça se trouve, il avait abandonné au pays toute une platée de femmes et d'enfants, pagayant sur un radeau pour venir sucer les miches de notre Eldorado, ah mes impôts.
- Ça vous dérange pas si je fume, il a demandé en sortant une cigarette de sa djellachose.
- Si, j'ai répondu.


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