Auteur : Benoît Van Den Bossche
Date de saisie : 14/12/2006
Genre : Architecture
Editeur : Picard, Paris, France
Prix : 47.00 € / 308.30 F
GENCOD : 9782708407794
Sorti le : 14/12/2006
En façade de la cathédrale de Strasbourg, les vastes portails abritent un nombre impressionnant de statues et de reliefs.
Ils constituent l'un des plus grands " programmes iconographiques " de l'époque gothique. Sans doute toutes les sculptures ne remontent-elles pas au dernier quart du XIIIe siècle. La Révolution est passée par là. Mais l'iconographie des éléments plus récents reflète bien le projet gothique original - c'est ici démontré. L'ensemble sculpté strasbourgeois est présenté de façon systématique, permettant au lecteur d'identifier les personnages et les scènes.
Certains d'entre eux, certaines d'entre elles lui sont bien sûr familiers. Mais pas tous - loin de là. Quoi qu'il en soit, à passer en revue ces statues et ces reliefs, il découvre un ensemble profondément original. La déclinaison strasbourgeoise des sujets, le poids qui leur est conféré, la façon de les articuler les uns par rapport aux autres sont souvent très novateurs. Dans une sorte d'invitation au voyage, de multiples comparaisons avec d'autres ensembles iconographiques, d'Ile-de-France en Thuringe, permettent de s'en rendre compte.
Les raisons de cette originalité strasbourgeoises sont sans doute multiples. L'auteur lance des pistes. Il revient d'ailleurs sur l'attribution traditionnelle du programme iconographique à l'un des plus grands philosophes et théologiens de son temps, Albert le Grand, de l'ordre dominicain. Le vocabulaire et la syntaxe iconographiques exploités aux portails occidentaux de la cathédrale alsacienne les inscrivent en tout cas parfaitement dans le contexte spirituel de la fin du XIIIe siècle.
Des clichés inédits servent remarquablement le propos, par ailleurs enraciné dans un catalogue raisonné. Ces clichés ont été réalisés en collaboration avec l' ?uvre Notre-Dame - vénérable institution qui, depuis le Moyen Age justement, veille sur le Münster rhénan.
Benoît Van den Bossche a étudié l'histoire de l'art et la théologie, en Belgique et en Allemagne.
Lauréat de l'Académie royale de Belgique, il est aujourd'hui professeur d'histoire de l'art et d'archéologie du Moyen Age à l'université de Liège. Ces dernières années, il a consacré ses recherches notamment à la cathédrale de Strasbourg et à l'art médiéval dans la région mosane.
Extrait de la préface de Roland RECHT, Membre de l'Institut Professeur au Collège de France :
C'est devant la façade de la cathédrale de Strasbourg que Goethe a vécu une expérience qui peut s'apparenter à une révélation spirituelle. Le jeune poète du Sturm und Drang va la traduire, dans un texte fameux, en un mélange de sentimentalité préromantique et d'esprit polémique. Ce texte sur l'architecture allemande qu'il a publié en 1772, constitue non seulement une des premières manifestations de la réévaluation du gothique, mais aussi, par là même, une césure historiographique de la plus haute importance. Avant des hommes comme Mafféi ou Goethe, bientôt comme Séroux d'Agincourt ou Millin, une histoire de l'art n'était pensable qu'en fonction d'une aulne intangible : celle des sommets de l'art gréco-romain. C'est d'elle que s'est servi Winckelmann pour construire un système d'interprétation de l'art qui prenait en compte les oeuvres de l'Antiquité, leur état et leur style.
L'importance de Goethe n'est pas du même ordre. Son hymne à l'architecture allemande est aussi une attaque en règle contre la théorie du classicisme français, en même temps qu'elle constitue l'affirmation selon laquelle il existe une «architecture allemande» et, enfin, que l'intérêt pour l'architecture gothique, opposée à l'antique, suscite nécessairement un point de vue historique sur l'art.
En vérité, lorsqu'on examine attentivement le destin historiographique de ce monument dans sa totalité - avec son transept du premier gothique, sa nef «rayonnante» et sa façade où, tout au long du siècle et demi qui a vu son édification, l'influence «française» a cédé la place à celle venue des terres d'Empire - on constate que les questions de nationalisme architectural n'ont jamais tout à fait cessé, du moins avant une période très récente. Il y a une vision francophile de la cathédrale de Strasbourg, tout comme il y a une vision germanophile, si l'on peut appliquer des épithètes aussi catégoriques à des travaux qui sont souvent plus nuancés.
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