Auteur : Olivier Cadiot
Date de saisie : 04/01/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : POL, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2846821711
GENCOD : 9782846821711
Sorti le : 04/01/2007
«Cour royale en exil à la montagne cherche conseiller image, chambre tt cft dans chalet atypique, artistes s'abstenir, envoyer prétentions.»
Voici l'annonce qui déclenche ce roman. Une dynastie en fuite ? Au ski ? Le château n'est plus qu'un chalet. Le système de la cour se réduit à des histoires de famille. On y croise un chambellan devenu commercial et un Roi déprimé perdus dans l'histoire, mélangeant héraldiques et logos, entreprise et droit divin. Un professeur de ski ? un analyste ? un décorateur ? un confident de tragédie ? un publicitaire ? un chasseur de tête ? on ne sait pas bien ce qu'ils attendent. Un homme qui croyait avoir déjà bien rempli sa vie, un dandy prêt de la retraite bien installé dans son basement anachronique décide, sous la pression de son entourage, au lendemain d'une fête mémorable de reprendre du service et de rejoindre ce club d'émigrés. Long voyage, traversée d'un paysage plus grand que prévu, rencontre de constructions étranges, nids à taille humaine, notre homme rentre dans un conte déjà-vu encore jamais vu. Escalades des Rocheuses et plongée dans Forêt Noire.
Doué d'une grande faculté d'adaptation, et aidé par une série d'accidents qui vont modifier ses perceptions, il se plie aux dimensions de chacun des cercles qu'il traverse. Comprendre sur le tas pourquoi les princes parlent si mal, à quoi sert un nid, comment inventer un nouveau sport ou l'art de réussir un putsch. Ce caméléon va devenir valet, dame et Roi en accéléré, et faire exploser cette petite société mythologique. Il va rendre le chalet à son état de nature. Et on pourra ainsi redescendre de l'autre côté du livre, par paliers, retraverser tous ces décors, terminer l'histoire avec notre narrateur guéri dans son petit jardin, au secret. Le conseiller travaillait pour lui-même.
Construit dans des matériaux légers ce roman articule des paragraphes et des chansons, des boules de paroles et d'actions à de petits notes, pour, en variant les positions du son, essayer de bouger les images.
À travers les cabrioles de sa fable bouffonne, le roman met en scène la fin du politique. Quelle recette ficeler ? C'est une question actuelle ! D'ailleurs, Cadiot adore les trouvailles gastronomiques. À la cour, on mange des rillettes de reliques, de kangourous flambés, du saucisson d'ours, des médaillons de cygne, on se souvient de la tortue de Darwin en imaginant des concerts singuliers, raves de sourds au pied des balcons pareils à des soutien-gorge ! La dépression a du bon, toujours suivie par un pic maniaque inventif !...
Des gags donc, des sketchs luxuriants, des fêtes carnavalesques, des spéculations satiriques ! Mais le génie de Cadiot, c'est la meilleure recette : l'alchimie, l'envol poétique, traverser tout cela, le volatiliser dans une nuée fulgurante de visions hachées, d'images rythmiques, de flashs, de vers libres, de haïkus ardents, d'onomatopées, d'alinéas ailés. Cadiot, c'est une chevelure de comète ! La voilà, la belle, la leste ivresse du livre.
«Il était une fois»... Si Olivier Cadiot se passe ici du préambule commun, c'est que son roman - car roman il y a bien, virtuose et tonitruant, ludique et drôle - n'épouse pas les codes ordinairement appliqués au genre romanesque. Le classicisme ne fut jamais tellement le genre de cet écrivain né de la poésie, extraordinairement réceptif aux bruits du monde - langage de la rue et d'ailleurs, jargons publicitaire, politique, scientifique et autres, sons triviaux... -, en quête d'une forme littéraire susceptible de rendre compte de cet inextricable maelström sonore, de l'énergie qui le porte, de la confusion des discours et du sens qu'il engendre...
Prises de parole sages ou incongrues, scènes burlesques ou poétiques construisent ce récit qui, sans dramatiser ni se prendre au sérieux, regarde aussi du côté de l'enfance, du cauchemar, de l'effroi - un récit où, derrière le rire, on jurerait bien entendre gronder «le murmure des Ténèbres» qu'évoquait naguère Chateaubriand.
Olivier Cadiot est un écrivain, poète et romancier joué au théâtre avec succès. Ses livres portent de drôles de titres. «Un nid pour quoi faire» se déroule pour l'essentiel sur les cimes où s'est exilée une cour royale décadente à la recherche d'une image rajeunie. Roi, duchesses, conseillers en communication font du ski et des fêtes dans d'invraisemblables tenues. Ils s'expriment parfois dans un langage soucieux de «la vraie vie des gens». Tu parles !
On se régale de cette prose hyper-active et très concrète, toujours au présent. Les personnages d'«Un nid pour quoi faire» arpentent la surface vide du monde, sur lequel ils glissent dans un temps qui semble figé. Le chalet de cette cour royale en exil fait penser au château de Kafka : on y étouffe un peu, à l'instar du narrateur dépressif qui, sommé par son frère de se secouer, présente donc ses services au roi en exil. C'est l'un des fils d'une narration en slalom avec sorties de piste fréquentes, et léger détour du côté de Bossuet ou d'un Vermeer prêté au roi par le MET, via le Net et «un milliard de pixels»....
Un livre souple, voilà l'idée. Trouver une forme, une phrase, suffisamment généreuse et accueillante pour comprendre, articuler des régimes de parole différents (pensées, sensations, décor, etc.). Un roman, donc. Mais bizarre...
Le moteur de la fiction est plus que jamais lié à la création d'une langue orale dans le livre, d'un grain, d'une légèreté. Car enfin et surtout c'est un roman comique. Un sourire ou un tremblement dans la voix. Selon. Comme on cherche à la radio la bonne distance au micro, une intimité de la parole "à domicile", avec ses respirations, ses blancs, ses accélérations. Du "yoga-mots", s'écrie le héros sur son tapis de sol, "Gymnastique, hop, détendons-nous, on parle en respirant, on expire ses mots, on fait sa gymnastique de mots". Ça parle, c'est du Cadiot.
Poète, dramaturge et romancier, cet hurluberlu est en effet le chef de file d'un groupe d'écrivains tout aussi farfelus, qui jonglent avec les mots comme des gamins s'amusent avec des briques colorées. En retour, grâce à une imagination débordante et une prose ludique, Cadiot nous fait retrouver notre naïveté enfantine, le plaisir régressif de jouer à Robinson - son héros fétiche - la joie d'endosser une panoplie. A tous les nostalgiques de ces douces sensations, on recommandera chaudement le dernier (et hilarant) roman de ce trublion, Un nid pour quoi faire...
Construit comme une montée en téléski suivie d'une descente tout schuss, Un nid pour quoi faire peut surprendre. Dans ses premières pages, les voix s'entremêlent, les règles traditionnelles de ponctuation sont volontiers bafouées, les indications sensorielles se glissent dans les songes des personnages. Mais, loin de nuire au récit, ces singularités créent une atmosphère magique. Jusqu'à la fin de cette parabole poétique sur le pouvoir, Olivier Cadiot impose une cadence infernale à son histoire. Alors, Un nid pour quoi faire ? La Compagnie créole répondrait : pour faire «rire les oiseaux». Les animaux sans plumes aussi !
Il y a des aiguilles et de l'humus, on s'enfonce dans la ramification, ça fond sous la langue la forêt est noire, Lenz traverse la montagne fractale à la page 57. C'est l'histoire d'un roi en exil, comateux sous le blanc tapis de l'hiver, coincé là «pour l'éternité», à moins que cette neige ne soit une poussière d'après la fin du monde, d'une fin des arrière-mondes, ambiance de mythologie nordique...
Puisque notre héros est encore une fois Robinson, personnage-fétiche de Cadiot, poète insulaire avec ses bouts de ficelle pour habiter le monde, non pour aller sur une île (possibilité d') mais pour en revenir. C'est le sens du titre : durant son voyage d'hiver, le narrateur-roi mélancolique trouve un nid à taille humaine, mais il ne souhaite pas que quelqu'un l'attende quelque part (pour quoi faire). Ce nid-là est un appel, au contraire, à s'expulser de soi et tout le travail du roman est antidépresseur.
Majesté, dit-il.
Le Frère du Roi, debout à sa droite, tenant une petite timbale d'argent, contenant du rhum, antidépresseurs piles ? anticoagulant ?
Buvez ça.
Grande table en épi, pyramide de choux à la crème, gâteau de macaronis, cheveux d'ange au miel, crêpes à tout ce qu'on veut, petit-déjeuner.
Mettez les informations.
Nous aimions la Radio autrefois, dit le Roi à la grande femme assise derrière lui sur un ployant de velours rouge, C'était il n'y a pas si longtemps la radio, l'interrompt la petite Duchesse, c'est vrai, oui c'était en ?
C'était quand ?
Il n'y a pas un temps énorme, j'ai oublié, bref, ils envoyaient l'hymne national en fin de programme, c'était le pays qui s'adressait à vous, adieu, et vous laissait tout seul dans le noir.
Surtout sans électricité, dit la Duchesse.
On avait énormément de bougies, vous savez, dit le Roi d'un ton docte, des bougies très lentes, des milliers de lumens sur des boiseries à la feuille d'or, ça donne, quelle puissance, vous n'imaginez pas, et puis il y avait un groupe électrogène dans la cave, on aurait pu faire démarrer un Boeing, qu'est-ce qu'on était bien dans ce château, c'était exceptionnel, non ?
Reprenez des artichauts.
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