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.. Je serai la princesse du château

Couverture du livre Je serai la princesse du château

Auteur : Janine Boissard

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Rocher, Monaco, France

Collection : Le roman des lieux magiques

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-268-05999-0

GENCOD : 9782268059990

en vente sur logo Amazon.fr Librairie Dialogues


  • La dédicace de l'auteur

Qui n'a pas eu de blessure d'enfance ? Lequel d'entre nous n'a rêvé d'être reconnu, de pouvoir se lire, beau et digne d'être aimé, dans le regard de l'autre ?
J'ai écrit ce livre pour tenter de comprendre pourquoi, au milieu de quatre soeurs et un frère, eux «normaux», j'étais le vilain petit canard que l'on avait surnommé chez moi «l'Anormale» et que les autres rejetaient à l'école.
Tout près de la maison, il y avait un Théâtre de Marionnettes dont la cloche ne cessait de m'appeler. Très vite, j'eus la permission d'y aller seule et Guignol devint mon refuge. Je me jurai d'être un jour princesse, comme celles de ses châteaux afin que les autres soient obligés de m'accepter enfin.
Princesse de la musique ? Princesse des mots ? J'ai longtemps hésité. La musique, me semblait-il, me semble-t-il encore, va plus directement au coeur des gens, cette musique grande ou petite qui nous rassemble et nous dit que nous nous ressemblons.
C'est finalement le «château des mots» que j'ai choisi en devenant écrivain. Et si je n'ai toujours pas trouvé la réponse à ma «différence», je sais que c'est grâce à mes lecteurs et à mes lectrices que «la blessure est devenue lumière», comme l'a si bien dit le peintre Georges Braque.
C'est pourquoi je vous ai dédié cet ouvrage.

Janine Boissard



  • La présentation de l'éditeur

Pour la petite Janine Boissard qui se sent différente des autres et souffre de solitude, le théâtre de marionnettes, proche de chez elle, va devenir le lieu magique où tous les rêves, tous les espoirs sont permis. Un jour, elle se le promet, elle sera la princesse des contes de fées, celle que Guignol sauve de la méchante sorcière.
En attendant, la Seconde Guerre mondiale lui apprend que monstres et ogres existent bien, en lui enlevant un père très aimé. Ballottée d'une école ou d'une pension à l'autre pour cause de «mauvais esprit», Janine s'accroche à son rêve, être un jour connue et reconnue. Ainsi naît une vocation : elle sera écrivain.
Les lieux magiques de Janine Boissard sont aussi ceux où elle retrouve ses grands-parents et une famille «où il y a tant de cousins qu'on ne connaît pas toujours leur nom». Famille où les valeurs sont à l'honneur, où l'on parle haut et fort de la fierté d'être français, valeurs qui imprégneront toute l'oeuvre de l'auteur. Et si ces lieux magiques étaient tout simplement ceux des sentiments authentiques, l'amour et la tendresse portés aux autres ?

Publiée à l'âge de vingt ans par René Julliard, Janine Boissard connaît un vrai succès populaire en parlant à ses lecteurs de ce qu'ils sont et de ce qu'ils vivent. Elle fait partie de ces écrivains dont les livres caracolent invariablement dans les listes de best-sellers. Elle a écrit à ce jour une quarantaine de romans.





  • Les premières lignes

J'ai quatre ans et c'est un beau jour. Cet après-midi, pour la première fois, j'ai le droit d'aller à Guignol avec Nicole et Maxime, ma soeur et mon frère aînés. Jusque-là, j'étais trop petite.
Eux sont moyennement contents : ça les rend moins grands. Ils préféreraient me laisser sur mon tas de sable avec mon seau, ma pelle et mon râteau, sous la surveillance de notre gouvernante, une Suissesse en uniforme bleu marine et chaussures blanches, même l'hiver.
Je porte la même robe que Nicole, six ans et demi, dont maman a fait les smocks. Quand je touche le petit accordéon de couleur, c'est comme si je sentais ses doigts et son dé en argent sur ma poitrine. Maxime, cinq ans, est en culotte courte et chemisette blanche. Aujourd'hui, pour tous les trois, socquettes et sandales, plus de lacets à boucle compliquée à nouer, ça veut dire que c'est l'été.
Les trottoirs, qui sentent bon le gris chauffé par le soleil, le disent aussi. Et les fleurs blanches et roses des marronniers sur lesquelles nous marchons, comme à la procession, en nous rendant au Théâtre de marionnettes, tout près de la tour Eiffel dont on aperçoit la tête de girafe des fenêtres du salon de notre maison, square de La-Tour-Maubourg.
- Cette fois, ne me la perdez pas, a recommandé maman à la Suissesse.
L'autre jour, elle m'a perdue. Elle a dit que c'était moi qui m'étais échappée. Quand je me suis retrouvée toute seule, j'ai cru que j'allais mourir. J'ai hurlé dans la forêt de jambes jusqu'à ce qu'elle me retrouve.
«Si tu continues à crier comme ça, tu finiras par te casser la voix.»
Depuis que je me suis perdue, maman m'a fait apprendre par coeur mon nom et mon adresse. Je m'appelle Janine Boissard et j'habite square de La-Tour-Maubourg dans le septième arrondissement.
On m'appelle aussi Janotte, j'aime mieux, c'est rond.
Mais voilà que la cloche sonne près de la maison de bois vert avec des colonnes. C'est Guignol qui appelle les enfants. Nicole et Maxime courent devant. Je voudrais les suivre mais la Suissesse serre plus fort ma main.
- N'aie pas peur, Guignol t'attendra.


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