Passion du livre - tout sur le livre : Le livre des hontes
Partager

Recherche simple

Recherche avancée

Recherche multi-critères








Recherche avancée

.. Le livre des hontes

Couverture du livre Le livre des hontes

Auteur : Jean-Pierre Martin

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Fiction et Cie

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-02-085980-6

GENCOD : 9782020859806

en vente sur logo Amazon.fr Librairie Dialogues


  • Le message sonore
Un message sonore de Jean-Pierre Martin

Jean-Pierre Martin - 26/09/2006



  • La dédicace de l'auteur

Comme son titre l'indique, Le livre des hontes est un livre sur les hontes, plutôt que sur la honte, c'est-à-dire sur les hontes multiformes, protéiformes : honte intime, honte de soi, honte des origines, honte de la famille, honte du corps, honte historique. Ce qui est exploré dans ce livre, c'est la littérature telle qu'elle donne à penser la honte comme une sorte de face-à-face avec soi-même, sous le regard des autres, mais un face-à-face qui change au fil de l'histoire, parce que les hontes sont historiques, parce que nous n'avons pas honte de la même façon au XXe siècle, après Hiroshima ou après Auschwitz, qu'au XVIIIe siècle, et parce que la littérature, depuis Rousseau, dans la tradition autobiographique et plus encore dans la tradition autofictionnelle, confessionnelle, presque exhibitionniste que nous connaissons aujourd'hui, va au coeur de ce sentiment qui est un sentiment fondateur, un sentiment fondamental. Mais c'est aussi un livre sur la vocation de l'écrivain, sur la honte comme alcool fort de l'écriture, comme étant liée à la publication. Le fait de publier un livre, de le rendre public, a à voir, je crois, avec quelque chose d'extrêmement intime dans le rapport à la société, à l'autre, à la famille, etc. Je pense à une phrase de Gombrowicz qui dit que l'homme dépend très étroitement de son reflet en l'âme d'autrui, cette âme fût-elle celle d'un crétin. Gombrowicz fait partie de ces écrivains qui sont traversés par la honte, dès le début de leur entreprise d'écriture. Mais ce qui me semble essentiel, c'est aussi le fait que la littérature est une entreprise d'«éhontement», c'est-à-dire que, explorant ces hontes, on a le plaisir en somme de constater à quel point les écrivains parviennent à s'en délivrer, à quel point le geste d'écriture est un geste de délivrance, un geste d'«éhontement» - ce néologisme me semble approprié -, parce qu'au fond, les écrivains parviennent à jouer sur la pudeur et l'impudeur, sur le public et l'intime, et à frôler l'inavouable, à frôler ce que Kierkegaard appelle le silence sacré de la honte. Je me permets, bien que ce livre aborde des zones troubles, de vous souhaiter une bonne lecture, mais je me le permets avec d'autant plus de légèreté qu'il me semble que Le livre des hontes peut être aussi un livre roboratif, parce qu'au fond, une des meilleures façons de se sortir de la honte, c'est peut-être d'en rire.

(Propos recueillis par téléphone)



  • La présentation de l'éditeur

On ne s'étonnera pas de trouver dans la honte - émotion particulièrement inavouable, à la fois historique et singulière, intime et collective, plus que toute autre, peut-être, extensive, expansive, contagieuse, susceptible de traverser tous les individus sans distinction - un alcool fort de la littérature. Car si nous pouvons nous sentir solidaires de quiconque fait l'aveu de sa honte, et en particulier de celui qui l'écrit, c'est que ayant partie liée avec notre expérience commune, il est celui qui nous dit : je suis comme vous. Plongeant dans les gouffres de la déconsidération de soi, la littérature ose briser avec fracas le " silence sacré de la honte ". Elle donne à penser, d'une manière plus aventureuse et plus exploratrice que toute théorie, ce phénomène incessant qu'est la transformation d'un sujet en objet.

Jean-Pierre Martin, né en 1948, vit à Lyon. Il est l'auteur, notamment, d'une biographie d'Henri Michaux, parue en 2003 chez Gallimard.





  • La revue de presse Jean-Baptiste Marongiu - Libération du 19 octobre 2006

Aussi l'approche de Jean-Pierre Martin est-elle fondamentalement littéraire et se fait, pour l'essentiel, par la littérature. Rien de vraiment étrange, puisque, dans la littérature, il campe comme chez lui : auteur de récits et de romans et de deux ou trois essais remarqués sur Henri Michaux, il est assez bien placé pour savoir qu'il y a une résonance constitutive, entre l'homme honteux et l'écrivain, la honte et l'écriture, et en administrer la preuve...
Dans le Livre des hontes, Jean-Pierre Martin n'entend en rien épuiser son sujet mais dresser une ethnologie assez exhaustive du rapport finalement très productif entre déconsidération de soi et création littéraire. Mais il n'en reste pas là. Contre les cyniques qui passent outre en piétinant les autres, les masochistes qui s'en nourrissent ou les suicidaires qui n'auront plus à regretter leur honte, des traitements existent, sinon des solutions. Si la honte de soi et des autres est ce qu'il y a de plus humain, le seul antidote est le rire, le propre de l'homme.



  • Les premières lignes

Aux éhontés, avec toute mon admiration

Qui ne se souvient d'une petite honte ? Qui n'a pas eu envie, un jour, de déchirer une photo où il se trouvait ridicule ? Qui, niant avoir jamais eu honte, peut prétendre, après une confrontation avec son propre passé, ne pas être contraint de faire amende honorable ? Qui ne garde par-devers soi quelque secret embarrassant, enfoui dans un endroit retiré de l'enfance ou dans la chambrée d'un pensionnat après l'extinction des feux ?
Vous, peut-être, vous qui me lisez. En ce cas, vous êtes parmi les heureux élus qui n'ont jamais éprouvé ces signaux incontes­tables : rougissement au front, frisson qui parcourt tout le corps, jambes qui flageolent, sueur dégoulinant sur le visage, sourire forcé pour faire face à une risée générale; impression d'être de trop, déplacé, ignoré ou montré du doigt ; sentiment aigu, vécu de l'intérieur, de l'infériorité en soi. Sans compter les insomnies, les ressassements ! À quoi n'avez-vous pas échappé ! Quant à votre visage, il a été préservé, sans doute, des marques indélébiles que la honte lentement distillée peut imprimer à vie, à même la peau, sur le faciès de ses victimes, de ces plis, de ces rides spéciales que forme l'humiliation quotidiennement consentie.
Ce qui suit ne vous concerne guère, apparemment, puisque, d'après ce que vous dites, vous êtes hors d'atteinte, préservés, par un halo de légèreté et de désinvolture, de cette zone trouble, indécise, où la honte étend son empire - et que vous avez su ignorer ce qui obsède Gombrowicz : «L'homme dépend très étroitement de son reflet dans l'âme d'autrui, cette âme fût-elle celle d'un crétin.»
Il faut reconnaître que l'homme de la honte fait assez peine à voir. On peut le trouver assez répugnant, avec sa façon de fuir le regard. Ou même contagieux, employant un zèle pervers à exhiber toutes les manifestations du corps répulsif.
Rendez grâce, cependant, je vous prie, à vos frères tourmen­tés. Par une sorte de substitution mystique, ils prennent en charge le fardeau des malheurs du monde.
Salman Rushdie compare la honte à un liquide qu'il faut boire, en raison même des choses honteuses qu'on a éprouvées. Sans quoi «le liquide [...] déborde, et fait une flaque couverte de mousse sur le sol». Ainsi, «la honte non ressentie du monde se répand dans l'éther. D'où, j'imagine, elle est siphonnée par les malchanceux, les portiers de l'invisible et leurs âmes sont les seaux dans lesquels s'égoutte ce qui a été renversé».


Copyright : Studio 108 2004-2012 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli