Passion du livre - tout sur le livre : Un printemps froid
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.. Un printemps froid

Couverture du livre Un printemps froid

Auteur : Danièle Sallenave

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Folio, n° 4424

Prix : 5.40 € / 35.42 F

ISBN : 978-2-07-031577-2

GENCOD : 9782070315772

en vente sur logo Amazon.fr Librairie Dialogues


  • La présentation de l'éditeur

Les personnages des onze récits d'Un printemps froid sont saisis à un moment de leur vie où ils prennent conscience - parfois nous prenons conscience pour eux - de devoir affronter quelque chose qui leur donne le vertige : continuer de vivre ne peut aller sans un renoncement à l'espoir et à la promesse. Les plus lucides parviendront à en dominer l'amertume ; les autres s'enfonceront dans le renoncement, sans jamais rien attendre d'exceptionnel. Autour d'eux, leur donnant l'apaisement, le monde avec ses larges fleuves qui roulent leurs eaux lentes, des reflets qui bougent entre les saules, des villes au printemps, des ciels bas sous la neige.





  • Les premières lignes

Elle n'avait que des gâteaux secs, dit-elle, et derrière elle, dans le haut vitré de la porte, son double gris flottait, hochant symétriquement de la tête. Si nous l'avions prévenue, elle aurait fait un gâteau, une tarte, bien que les prunes cette année ne soient guère bonnes, avec toute cette pluie en juin, ou bien elle serait allée en prendre une chez Marion, quoique ce ne soient pas de fameux pâtissiers, mais depuis que Renaudin a fermé (Renaudin avait fermé, lui aussi ? Oui, tous, l'un, puis l'autre) il faut bien en passer par eux. L'été, elle n'allume pas la cuisinière et la tarte, n'est-ce pas, ça ne se fait pas au gaz. Tout en parlant, elle reculait dans l'entrée de la pièce sombre au plafond haut, les joues marbrées de taches roses, et relevait sur le côté ses cheveux échappés du peigne ; tandis que de l'autre main, elle tentait de saisir au collier, à travers les poils touffus de son cou, le chien qui s'était jeté dans nos jambes et montrait ses dents jaunes. On ne s'entendait pas, qu'il arrête un peu ! Passant entre nous, le chien fila vers le bout de la rue où ses aboiements se perdirent. Non, on ne s'entendait pas, avec celui-là, il n'était pourtant pas si jeune. Ses yeux avaient bleui, s'étaient voilés, son museau avait blanchi. Elle sourit et soupira ; mais nous n'allions pas rester sur le pas de la porte.
La pièce sentait la pomme et le linge fraîchement repassé, le moisi, la cire. Debout, elle souriait encore et avançait les chaises en les comptant, et levant le front vers nous, elle s'excusait de ne pas avoir répondu, elle n'écrivait jamais. C'est le télégramme surtout qui l'avait touchée. Elle sortait juste quand on le lui avait remis ; elle allait chez sa cousine, Marie, oui, elle est toujours dans la maison du bas, si malcommode, si difficile à chauffer.


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