Auteur : David Graeber
Traducteur : Karine Peschard
Date de saisie : 25/03/2010
Genre : Philosophie
Editeur : LUX, Montréal, Canada
Collection : Instinct de liberté
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-89596-037-9
GENCOD : 9782895960379
L'anarchisme, en tant que philosophie politique, est en plein essor. De fondement de l'organisation dans le mouvement altermondialiste qu'ils étaient, les principes anarchistes traditionnels - autonomie, association volontaire, autogestion, entraide, démocratie directe - en sont venus à jouer ce rôle dans des mouvements radicaux de toutes sortes dans le monde entier.
Et pourtant, cela n'a eu presque aucun écho dans le milieu universitaire. Les anarchistes interrogent souvent les anthropologues sur leurs idées quant aux diverses façons d'organiser la société sur des bases plus égalitaires, moins aliénantes. Les anthropologues, terrifiés à l'idée de se voir accusés de romantisme, n'ont pour seule réponse que leur silence. Et s'il en était autrement ?
«On peut penser, à tout le moins, qu'être un professeur ouvertement anarchiste signifierait, remettre en question la façon dont les universités sont gérées - cela non pas en demandant un département d'études anarchistes -, ce qui, bien sûr, lui attirerait beaucoup plus d'ennuis que tout ce qu'il pourrait écrire par ailleurs.»
Anthropologue et militant vivant à New York, David Graeber a effectué ses recherches de doctorat à l'Université de Chicago, dont une prériode de deux ans au Madagascar (de 1989 à 1991). Il a enseigné aux universités de Chicago, Haverford, New York et Yale - où il a été membre de la faculté pendant huit ans avant d'être renvoyé sans explications en 2005. Au cours des cinq dernières années, il a été actif au sein de plusieurs groupes d'action directe, dont le Direct Action Network et l'Action mondiale des peuples, en plus de participer à diverses actions lors de manifestations anti-capitalistes (Sommet des Amériques à Québec en avril 2001, Sommet du G8 à Gênes en juillet 2001, rencontre du FMI en février 2002 à Washington DC). Il est également l'auteur de Towards an Anthropological Theory of Value.
Et si la tendance lourde à l'abstention, dont le dernier scrutin régional a encore fourni une illustration, loin de traduire une "fatigue démocratique", marquait plutôt la désaffection à l'égard du système du vote à la majorité et de la délégation de pouvoir ? Telle est l'une des réflexions qu'inspire la lecture de ce manifeste dû à l'une des figures de la pensée libertaire nord-américaine, l'ethnologue David Graeber...
Reprenant une intuition de l'anthropologue français Pierre Clastres (1934-1977) selon laquelle les sociétés premières étaient déjà des groupes politiques égalitaires qui auraient écarté délibérément la domination de quelques-uns au profit de l'auto-organisation, l'auteur estime que le temps est venu pour l'anarchie de jouer le rôle intellectuel jadis dévolu au marxisme. Ce serait comme une revanche des "sauvages" et de Bakounine, en somme.
Extrait de l'introduction :
Ce qui suit est une série de pensées, d'ébauches de théories potentielles et de petits manifestes qui visent à donner un aperçu des grandes lignes d'une théorie radicale, qui n'existe pas comme telle mais qui pourrait un jour exister.
Comme il y a de très bonnes raisons pour lesquelles une anthropologie anarchiste devrait exister, nous pourrions commencer par nous demander pourquoi une telle anthropologie n'existe pas ou, d'ailleurs, pourquoi il n'existe pas de sociologie anarchiste, d'économie anarchiste, de théorie littéraire anarchiste ou de science politique anarchiste.
POURQUOI Y A-T-IL SI PEU D'ANARCHISTES DANS LES UNIVERSITÉS ?
C'est une question pertinente parce que l'anarchisme, en tant que philosophie politique, est véritablement en plein essor. Des mouvements anarchistes ou inspirés de l'anarchisme se développent partout dans le monde. De fondement de l'organisation dans le mouvement altermondialiste qu'ils étaient, les principes anarchistes traditionnels - autonomie, association volontaire, autogestion, entraide, démocratie directe - en sont venus à jouer ce rôle dans des mouvements radicaux de toutes sortes. Les révolutionnaires au Mexique, en Argentine, en Inde et ailleurs parlent de moins en moins de prendre le pouvoir, et ont commencé à formuler des idées radicalement différentes sur ce que signifierait même la révolution. La plupart, il est vrai, ne vont pas jusqu'à utiliser le mot «anarchiste». Mais, comme l'a récemment souligné Barbara Epstein, l'anarchisme a déjà largement pris la place qu'occupait le marxisme dans les mouvements sociaux des années 1960 : même ceux qui ne se considèrent pas comme anarchistes sentent qu'ils doivent se définir par rapport à l'anarchisme et s'inspirent de ses idées.
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