Auteur : Antonine Maillet
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Bibliothèque Québécoise (BQ), France
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-89406-254-8
GENCOD : 9782894062548
Avec son talent exceptionnel, Antonine Maillet prête sa plume à une religieuse nonagénaire, mère Jeanne de Valois, qui rédige ses mémoires. Soeur Jeanne, qui est née à la fin du XIXe siècle et qui a l'ambition de mettre le pied dans le XXe, entreprend son projet d'écriture comme si elle se livrait à une véritable confession générale. Au fil d'un quotidien qu'elle rappelle avec beaucoup d'humour, elle ne manque pas d'évoquer ses principales réalisations : la construction du couvent Notre-Dame d'Acadie, la fondation d'un hôpital ou encore la direction de sa communauté, dont elle fut la supérieure pendant douze ans. Nationaliste et féministe, Jeanne de Valois se révèle un être de passion et une grande humaniste, profondément attachée à son pays, l'Acadie. Antonine Maillet, Prix Goncourt 1979, a magistralement mêlé sa voix à celle de mère Jeanne de Valois. Leurs paroles deviennent une magnifique célébration de la vie.
Originaire d'Acadie, au Nouveau-Brunswick, Antonine Maillet est un écrivain dont la renommée s'étend dans toute la Francophonie. Romancière et dramaturge, elle est l'auteur notamment de La Sagouine et de Pélagie-la-Charrette (Prix Goncourt 1979). Son oeuvre, qui compte plus d'une trentaine de titres, est traduite en plusieurs langues et contribue au rayonnement de la littérature d'Amérique. Jubilatoire, sa langue a charmé les lecteurs du monde entier en faisant découvrir des personnages inoubliables.
IL ME RESTE DIX ANS. C'est peu, mais c'est assez. Dix ans pour raconter ce que j'ai pris quatre-vingt-dix ans à vivre, c'est suffisant. Assez, mais pas trop. Car j'ai déjà commencé à gruger sur la dernière décennie. On y est embarqué depuis trois jours. Trois jours en cent ans, ça peut paraître dérisoire. À ce point de vue-là, tout est dérisoire, même un siècle. Souvent, à l'aube, la première idée qui me vient avec le réveil, face à l'étoile du berger en été, ou l'hiver à cette branche qui ploie sous le givre derrière ma fenêtre, ma pensée première porte sur le temps. Et je me dis que ce doit être les premiers cent ans les plus longs.
J'entre donc dans ma dernière décennie. Et je n'ai pas d'illusions : je sais que celle-là filera encore plus vite que toutes les autres réunies. Il doit bien exister une explication scientifique à ce phénomène : le temps qui va en s'accélérant. Comme s'il tombait d'un clocher et augmentait sa vitesse à mesure qu'il s'approche du but. Le but... quel but ? Cette question est prématurée. Peut-être même inutile. Car je n'ai pas l'intention avec mes gribouillages de rédiger un traité de morale ou de philosophie. Même pas de raconter l'histoire d'une vie. Non. Tout juste de confiner sur mes larges feuilles détachées la mémoire, telle que je la porte, d'événements qui émergent de mon siècle comme des lots ou des basses en bordure d'océan.
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