Auteur : Michaël La Chance
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Romans et nouvelles - français
Collection : Le Soi et l'autre
Prix : 20.25 € / 132.83 F
ISBN : 978-2-89005-944-3
GENCOD : 9782890059443
Dans tout paroxysme, où le phénomène et la sensation atteignent leur plus haut degré, la parole dépasse l'expérience. Les deux grands relais du genre paroxysmal sont Hölderlin et Celan, auxquels s'ajoutent Büchner et Lautréamont en poésie, Kiefer en peinture.
Chaque montée paroxysmique s'échelonne selon différentes stratégies et conduit à la création de formes d'existence. Cet essai s'emploie à en analyser les différents vecteurs et nous introduit d'emblée au paroxysme du moment tournant, celui où tout poète fait face à la «montagne», où l'autre fait défaut. L'échec de la rencontre avec l'humanité devient alors une chute dans l'abysse, une plongée dans les sens affolés.
Michaël La Chance est philosophe et poète. Professeur d'histoire et de théorie de l'art à l'Université du Québec à Chicoutimi, il est membre du CELAT et directeur de la galerie L'Oeuvre de l'Autre.
Lenz est d'abord le récit d'un moment épiphanique, celui du «20 janvier». C'est un moment tournant, un moment grave pour tout artiste ou tout poète lorsqu'il fait face soudain à la montagne : il s'aperçoit qu'il est voué à l'oubli, qu'il va entrer dans l'ombre, qu'il va s'effacer dans la mort, qu'il doit renoncer à ses rêves. Elle est immense, cette montagne, et pourtant elle ne fait pas obstacle, nous entrons dans la montagne - im Gebirg -, nous faisons un périple, des rencontres, nous avons des conversations «dans» la montagne, nous y poursuivons nos illusions, nous y trouvons un dernier retranchement, hors du monde. La montagne est sombre, c'est tout le ciel lorsqu'il est noir, lorsqu'il n'y a plus d'horizon. S'avancer dans la montagne, entrer dans l'ombre : il y a là un brouillard qui engloutit toutes les formes, qui efface tous les contours. Un Nebel.
«Der Nebel die Formen bald versclzlang» La montagne est ambivalente, elle est une nébuleuse d'insignifiance, la banalité du monde, la solitude où tout se perd, elle est aussi ce lieu où nous voulons fuir. Quelle est cette montagne ? Elle est si grande que nous ne la voyons pas, elle s'élève au-dessus de nous, depuis un certain temps déjà elle nous écrase. C'est la vie rétrécie du face-à-face avec soi-même, rien d'autre que ce face-à-face, tout le reste étant compressé, mortel. Peut-être qu'un jour vous acceptez cette morosité, cette insignifiance, mais Lenz, un 20 janvier, a un sursaut : il refuse de voir l'existence comme un fardeau écrasant contre lequel nous ne pouvons pas nous soulever. Plus tard, après bien des tourments, des soubresauts, des crises et des fièvres, il se résoudra à porter un tel poids.
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