Auteur : Santiago Amigorena
Date de saisie : 16/02/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : POL, Paris, France
Collection : Blanche Pol
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 9782846820271
GENCOD : 9782846820271
Sorti le : 21/08/2004
Le bonheur est dans ces pages, celui du lecteur comme de l'auteur. Ses malheurs aussi. Puisqu'il s'agit de dire Le Premier Amour et ses conséquences. Dans ce récit à deux niveaux, la chronique intime s'ajoute à celle du temps passé pour tenter de répondre à cette question : les mots doux trahis deviennent-ils des maux de vie, de société ? Un propos de belle envergure servi par une prose étonnante de liberté... C'est l'histoire d'un amour fou qui débute par hasard, grandit jusqu'à devenir vital et source de plaisirs inconnus... Un texte qui agit comme une défense et illustration du concept de «désespoir vital». (Critique de Daniel Martin, parue dans l'Express)
Santiago Amigorena, après Une enfance laconique et Une jeunesse aphone, après Une adolescence taciturne, poursuit la saga de son autobiographie. On se souvient que le troisième tome s'en déroulait en France où ses parents argentins s'étaient exilés, nouvel exil, plus profond, plus grave que l'exil uruguayen du tome précédent, l'enfant se retrouvant ici, avec sa mère et son frère, ses parents s'étant séparés. Changement de continent et d'hémisphère, de climat, de moeurs et, surtout, de langue. C'était un choc frontal et total où rien de ce qui faisait ses habitudes, ses références, ses manières de ressentir et de penser n'était ménagé. Et cela au pire des moments, peut-être, dans une vie, puisqu'il se produisait à l'adolescence.
Dans ce nouveau tome, l'auteur a sauté quelques années (sur lesquelles il reviendra ultérieurement), et nous amène directement au moment de son premier amour, de son véritable premier amour. Nous le retrouvons donc à la fin des années 1970, en hypokhâgne au lycée Fénelon, lequel vient de tout juste s'ouvrir à la mixité : il est seul au milieu de trente-deux filles toutes, ou peu s'en faut, amoureuses de lui qui reste toujours aussi taciturne, inatteignable semble-t-il... Parmi elles, Philippine, qui attend son heure. Le moment venu, assez vite, commence une fête amoureuse d'une année où les sens, les sentiments et la littérature se conjuguent pour produire un bouleversant feu d'artifice érotique, un véritable hymne à la jeunesse des corps et des esprits, et tout à la fois à la richesse de la langue.
C'est que cette aventure est inséparable de l'écriture. A aucun moment, le narrateur ne cessera d'écrire, y compris pendant l'amour, il écrira littéralement sur le corps de la bien-aimée qu'il détaille et décrit dans tous ses états, sur le motif en quelque sorte, et aussi dans les rares intermittences de l'étreinte générale et ininterrompue que sera cette année folle de découverte, d'exploration, d'exaltation.
Le texte qui en rend compte est lui-même d'une inventivité, d'une drôlerie, d'une splendeur lyrique enthousiasmantes : il se plie à toutes les inventions graphiques, à toutes les incises, les détours et les ruses d'un amour fou qui ne cesse de s'accomplir, de grandir, de s'épanouir, de s'imaginer-réaliser. Il mêle la langue aux langues, la grammaire aux caresses, l'étymologie aux embrassements. C'est un festin auquel nous sommes conviés, une orgie de mots et de phrases, de bonheur.
Santiago Amigorena réussit par la seule présence de son écriture à donner une dimension quasiment mythique à ses émois. Riche, rythmée, sensuelle, la phrase ne cesse de fouiller au coeur des sentiments et des sensations, puisant aussi en elle-même, dans ses incroyables et exaltantes circonvolutions et inventions formelles un humour, une drôlerie qui tout en semblant la miner en assurent, pour le plus grand bonheur du lecteur, la poursuite et le développement.
C'est une histoire de langue(s). Charnelles et littéraire. Les unes s'entrelacent pendant de longues nuits d'amour. L'autre se délie en mots sur le corps de Philippine, ses seins, son nombril, ses cuisses, que l'auteur recouvre de calligraphies érotiques. Avant de s'épancher sur le papier pour rédiger un traité de chair culinaire : «un croustillant de pieds de Philippine à l'art fumé et sa cheville raidie à l'huile d'olive». Santiago, l'auteur de ces exploits amoureux et littéraires, a 17 ans. Aujourd'hui, à 42 ans, il s'y reprend à trois fois pour narrer les prémices de cette folle idylle, donnant au lecteur la clé des lieux où va se dérouler l'épopée : rue du Regard, à Paris (chez elle), dans le jardin du musée Rodin, où il l'attend sans lui donner rendez-vous, en Italie, où il tente de courir après cet amour déjà perdu. Santiago H. Amigorena, écrivain et scénariste (Le Péril jeune, Les gens normaux n'ont rien d'exceptionnel...), s'est mis en tête de nous raconter sa vie par le menu, ou plutôt de la rêver. Quatre tomes sont déjà parus. Un projet fou... Santiago aime brouiller les pistes, se convaincre que «les souvenirs et les rêves, c'est un peu la même matière»... Alors il joue avec les mots d'une langue qui n'est pas la sienne. Ultime tentative de s'inventer une terre.
Ne me raconte pas ta vie ! C'est qu'ils sont si nombreux aujourd'hui ceux, et surtout celles, qui nous le débitent à cru, le récit sur le vif, mais dûment enveloppé du pauvre foulard romanesque de rigueur, de leurs maigres amours ou de leurs grasses étreintes. On triche un peu, beaucoup, mais si tristement que, pour peu que papa ait fauté un jour avec vous, ça peut faire un malheur. Il n'en est que plus rafraîchissant de tomber sur un auteur qui nous la raconte, certes, sa vie, mais qui ne se croit pas obligé d'en faire un roman pour nous dire, avec une superbe candeur, tout, absolument tout, sur un tout petit bout de cette vie-là, sa dix-septième année.
L'auteur, d'abord : après tout, c'est le personnage principal. Il nous apprend qu'il est très grand, qu'il est très beau et qu'il est argentin d'Uruguay, ou le contraire. Il nous affirme aussi que toutes les filles sont folles de lui, ce qui serait plutôt pour nous déplaire, mais il l'avoue si ingénument. Et en une si jolie langue. Nous savons surtout qu'à quarante ans, il est l'un des très bons scénaristes du cinéma d'aujourd'hui - Le Péril jeune, vous vous souvenez ?...
Le bonheur est dans ces pages, celui du lecteur comme de l'auteur. Ses malheurs aussi. Puisqu'il s'agit de dire Le Premier Amour et ses conséquences. Dans ce récit à deux niveaux, la chronique intime s'ajoute à celle du temps passé pour tenter de répondre à cette question : les mots doux trahis deviennent-ils des maux de vie, de société ? Un propos de belle envergure servi par une prose étonnante de liberté... C'est l'histoire d'un amour fou qui débute par hasard, grandit jusqu'à devenir vital et source de plaisirs inconnus... Un texte qui agit comme une défense et illustration du concept de «désespoir vital».
... l'auteur progressif et méthodique d'«Une enfance laconique», d'«Une jeunesse aphone» et d'«Une adolescence taciturne» se souvient de Philippine, qui fut donc son «Premier Amour». Je sais, le thème est usé jusqu'à la corde. Et pourtant, ce roman, l'un des plus beaux romans d'amour qu'on puisse lire aujourd'hui, sort de l'ordinaire. Il bouscule toutes les conventions du genre. Il explose. Il détonne. Précisons d'abord que l'histoire dont il est question ici n'est pas un flirt banal, une simple tocade d'adolescence. C'est une passion brève mais folle. A 42ans, Santiago H. Amigorena en frémit encore... «Philippine promenait la nudité parfaite de ses dix-sept ans comme une invitation constante à un festin cannibale.» De Paris à Venise, les deux lycéens, devenus étudiants, se dévorent jour et nuit. Santiago rédige même une manière de traité gastronomique avec «croustillant de pieds de Philippine à l'art fumé et sa cheville raidie à l'huile vierge» et «jarret de Philippine aux raisins». Leur amour est exclusif, despotique, furieux, étouffant, sans avenir. «Je l'aimais, se souvient-il, et ne pouvais la voir sans ce trouble, sans ce désir de quelque chose de plus, qui ôte, auprès de l'être qu'on aime, la sensation d'aimer.»... «Le Premier Amour» aurait pu s'intituler «le Premier Livre». Car c'est à la mort d'une grande illusion et à la naissance d'un écrivain que l'on assiste ici...
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