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.. Une autre ville bleue : Le Havre

Couverture du livre Une autre ville bleue : Le Havre

Auteur : Didier Guyot

Illustrateur : photographies de Jacques Basile

Date de saisie : 05/02/2012

Genre : Photos

Editeur : Point de vues, Bonsecours, France

Prix : 24.00 € / 157.43 F

ISBN : 9782915548631

GENCOD : 9782915548631

Sorti le : 09/12/2011

en vente sur logo Amazon.fr Librairie Dialogues


  • La présentation de l'éditeur

«Une autre ville bleue» est une vision fusionnelle entre la manière de capter et de restituer la ville du Havre en images de la part du photographe Jacques Basile et les impressions ressenties au contact de la cité portuaire mises en mots par le musicien Didier Guyot.

Les photos et les textes témoignent d'un parcours urbain où le parti pris délibéré est de rendre compte de l'impression «bleu» se dégageant des instants saisis. Ce bleu est un véritable état d'esprit, une manière de voir et de vivre la ville à travers ce qui la constitue au quotidien ordinaire. IL est décliné selon un nuancier visuel qui reproduit fidèlement les différents caractères d'un environnement, façonné par les atmosphères.





  • Les premières lignes

AN HAOR NEVEZ, KERC'HLAZ

Puiser à la torpeur du jour engourdi pour remonter le boulevard des lueurs de réverbères parcimonieux. Les néons étincelants des derniers repères du soir, accrochent les rayons d'un sanctuaire finissant. Ce détroit mécanique capte les énergies. Quai de Saône chez Marie-Louise, Saint-Malo Bar, rue de l'église, au Diamant Bleu, rue de la l'Église. Bleus de chauffe des quarts de nuit, vapeurs d'un autre temps au détour d'un raccourci. Pour partir vers l'autre dimension, seulement visible aux soirs de doute et de rédemption. Rien que le ciel noir qui résonne des lueurs d'industrie. Pistes oubliées vers le néant. Avancer toujours plus loin, là où les trottoirs s'effritent aux traces de rails, depuis longtemps fossilisés sous les strates de l'abandon industriel. Instants de rien, baignés par la permanence des allées de béton et d'acier, espoir blême, silhouette dansante au fond des yeux, pavés de pluie, images enfuies, souvenirs qui glissent vers les abysses. Et puis se transporter vers l'indicible, au-delà des balises de vent et d'habitude. Passer à la lisière du temps avant de basculer vers l'autre côté. Marcher au long des avenues sans retour. Place de grèves, souvenirs de trêve, plage d'instants, suspendre le temps.

Au long de la ville, se dressent les frontons ébranlés, ardentes affiches d'une époque effacée. Du fond du soir et des marées, monte la cloche intemporelle d'un voyage oublié. Immersion dans la ville qui donnera le signal du grand soir boréal : aurore et fusion, appel séduction. Au détour des murs, un graffiti aguicheur saisira le passant pour retenir l'impression d'un instant et la mémoire de ceux qui passent, modestes et évanescents, à la fierté intacte au reflux des courants magnétiques d'un hiver de granit. Âmes fières des marais, découvreurs d'horizons, bâtisseurs de néant, princes du sable, de l'argile et des craies, le royaume des eaux vous appartient. Hommes de sel, de poussière, d'argile, de ciment et de rêves tremblants, ils ont mêlé leur chair aux semences du vent. J'aime ces épousailles improbables qui enfantent le grain d'hypnose extatique pour emporter à l'horizon celui qui regarde plus loin vers les terres marines. Tempête d'estuaire, ou noroît du ponant, la galerne envole les traces d'avant.

Musiques telluriques, métallos usinés par le flot des vapeurs anciennes, loosers magnifiques aux hymnes synthétiques, le blues d'ici a quelque chose d'androïde. Gorgé du flux des noces de métal d'une cité, jaillie du néant aquatique, la cité d'Ys a sombré dans les flots, Franciscopolis a surgit des roseaux. Souffle celtique d'outre-naissance, vent d'Amérique, futur en puissance. Comme un mortier géant pour concasser la sueur et la gloire en une dernière étincelle de fin du monde, la ville, ethno-industrielle, étreint le monde en perdition ou en escale. Grève de mai ou grève de sel, les courants rythment la danse universelle, et quand l'Iroise de la mer en furie se déchaîne dans les veines d'un musicien habité par l'esprit du fleuve, c'est l'impertinente conscience des convictions du peuple qui rugit à travers le chant rauque et renégat d'une icône rougeoyante au firmament des étoiles filantes.

Bornes de vie, vigies de nuit, passages vers d'autres mondes, prometteurs d'inaccessibles ponants, c'est en bleu que je sens vibrer ces territoires ultimes, ailleurs ouverts sur l'infini. Hier, demain ou bien ce soir, quand il ne reste que peut-être pour espérer revoir l'avant, traces filigranes, gestes effleurés, toucher le présent pour caresser le passé.


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