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.. Ces histoires insolites qui ont fait la médecine. Volume 2, Les transplantations

Couverture du livre Ces histoires insolites qui ont fait la médecine. Volume 2, Les transplantations

Auteur : Jean-Noël Fabiani

Date de saisie : 05/02/2012

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Plon, Paris, France

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 9782259217019

GENCOD : 9782259217019

Sorti le : 02/02/2012

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  • La présentation de l'éditeur

Cette fois, le professeur Fabiani nous convie à l'histoire d'une transplantation : celle d'Ariane qui a vingt ans, et dont le coeur doit être changé, fatigué avant même d'avoir suffisamment battu. Dans cette aventure, les grands noms qui ont fait l'histoire des transplantations s'invitent tout naturellement. Parfois de façon inattendue et... insolite.
Quel lien peut-il bien exister entre Alexis Carrel, prix Nobel de médecine, et Charles Lindbergh, vainqueur de l'Atlantique ?
Pourquoi la France entière prie-t-elle pour qu'un miracle se produise en cette nuit de Noël 1952, alors que les chirurgiens tentent de greffer le rein qu'une mère vient de donner à son fils condamné ?
Comment Willem Kolff parvient-il à construire un appareil ressemblant à une lessiveuse dans une Hollande occupée par les nazis, croyant pouvoir ainsi fabriquer un rein artificiel ?
Qui est, enfin, Hamilton Naki ? Dans l'Afrique du Sud de l'apartheid, tandis que Christiaan Barnard vient de réaliser la première transplantation cardiaque au monde, une rumeur s'installe : cette réussite serait en fait celle du jardinier de l'hôpital... Qui est donc ce jeune Noir que la presse appelle «le mystérieux docteur Naki» ? Qu'y a-t-il de vrai dans tout cela ? Il faut mener l'enquête.

Le professeur Jean-Noël Fabiani est chef de service à l'hôpital européen Georges-Pompidou à Paris, où il dirige le département de chirurgie cardio-vasculaire et de transplantation d'organes. Il est également professeur à l'université Paris-Descartes et fut chargé de l'enseignement de l'histoire de la médecine pendant dix ans à la faculté.





  • Les premières lignes

Ariane

Paris, hôpital européen Georges-Pompidou

Ariane était devant moi, toute frêle et blonde. Elle souriait, mais son angoisse débordait de toutes parts et remplissait le bureau de consultation. Elle avait vingt-trois ans. D'origine provinciale, elle «faisait son droit» à Paris.
Elle m'avait été adressée pour prendre la décision de lui greffer un coeur...
Tout avait commencé deux ans auparavant comme elle voulait partir en vacances avec son ami pour un stage de plongée sous-marine. Visite médicale obligatoire. Une formalité, Ariane allait bien, tout d'ailleurs allait bien pour elle : l'amour, les études, les vacances, la vie quoi ! Le médecin avait réuni tous les documents qu'il fallait, des examens sanguins, un électrocardiogramme, une radio de thorax, et l'avait examinée. Il semblait perplexe :
- Vous n'êtes pas gênée quand vous faites un effort ?
- Pas du tout, docteur.
- Faites-vous du sport ?
- Pas actuellement, mais quand j'étais au lycée, je n'avais aucun problème pour la gymnastique.
Silence un peu prolongé.
- Il y a quelque chose qui ne va pas, docteur ? demanda Ariane.
- Non, pas vraiment, répondit le médecin se voulant réconfortant, mais vous avez un coeur un peu gros pour votre âge et votre électrocardiogramme n'est pas tout à fait normal. Je vais vous adresser à un cardiologue pour faire une échographie !
Là, le diagnostic était tombé comme le couperet du mauvais sort : cardiomyopathie dilatée idiopathique ! Ces mots ne voulaient rien dire, mais tout était désormais différent. Plus question de plongée sous-marine. Aucun effort ! Et, dans les mois à venir, une hospitalisation pour faire un bilan plus poussé.
Ariane, d'un coup, était malade.
Pourtant, dans la pratique, rien ne semblait changé. Elle pouvait toujours suivre ses cours à la fac, retrouver Denis son ami ou partir en vacances. Mais pour des vacances plutôt calmes, du genre promenades, siestes, lectures. Rien à voir avec des vacances quand on a vingt ans, qu'on aime un champion de tennis et qu'on envisage défaire un stage de plongée.
Ariane n'était pas taillée dans le bois dont on fait les flûtes : on ne lui balançait pas des mots qui ne voulaient rien dire comme ça dans la figure sans qu'elle réagît. Et puis être malade c'était une chose, mais dans le monde où nous étions, il devait bien exister des traitements. La médecine faisait tellement de progrès... Pressé par ses questions, le cardiologue avait dû lui avouer, à son corps défendant, que la seule possibilité pour la traiter le moment venu serait de lui greffer un coeur.
- Une greffe de coeur ! Mais vous ne parlez pas sérieusement, docteur ! Ce n'est pas possible. Je ne suis même pas malade...
- On n'y est pas, mademoiselle. Pour le moment le traitement médical est suffisant. Mais puisque vous me demandez de vous expliquer ce qui pourrait être envisagé si un jour vous alliez plus mal, je suis bien obligé de vous le dire. C'est le seul traitement définitif de votre maladie.
- Changer mon coeur, docteur, il n'en est pas question. Le mien n'est peut-être pas très vaillant, mais j'y tiens.
Elle se leva et sortit brutalement du bureau en claquant la porte.


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