Passion du livre - tout sur le livre : Solitudes
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.. Solitudes

Couverture du livre Solitudes

Auteur : Anne Bragance

Date de saisie : 04/02/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Presses de la Cité, Paris, France

Collection : Domaine français

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 9782258094321

GENCOD : 9782258094321

Sorti le : 16/02/2012

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  • La présentation de l'éditeur

Une femme regarde un homme qui regarde la télévision. Il s'appelle Grégoire et passe ses journées, de l'autre côté de la rue, à s'empiffrer, assis dans un fauteuil face à ses écrans. Elle s'appelle Pénèle et, parce qu'elle est seule, parce qu'elle s'ennuie, elle observe son étrange voisin avec une curiosité qui bientôt devient intérêt obsédant.
Dès lors qu'elle fait de Grégoire le centre de sa vie, Pénèle l'espionne du matin au soir et se donne pour mission d'assurer le salut de cet homme prisonnier de sa geôle d'images et enkysté dans ses rituels solitaires. Emportée par sa passion naïve, elle va concevoir un projet merveilleux afin d'atteindre son objectif.
Mais chacun sait que le Mal s'amuse parfois à travailler dans le camp du Bien.

Anne Bragance a écrit des essais, des nouvelles et une trentaine de romans dont Anibal, La Reine nue, Passe un ange noir et Une succulente au fond de l'impasse.





  • Les premières lignes

Pénèle Itakis se laissa prendre dans la nasse tramée par les fourberies du hasard un soir d'été qu'elle arrosait les capucines de son balcon. Plus tard, mais ce fut beaucoup plus tard, quand déjà les jeux étaient faits et Pénèle sortie de son orbite, quelques esprits malveillants osèrent suggérer que si son goût avait porté la malheureuse à cultiver les géraniums - plus robustes et peu exigeants -, peut-être aurait-elle pu échapper à son destin. Mais ceux-là ignoraient que Pénèle Itakis détestait les géraniums.
A quoi tient le sort de la créature, se disait-on encore des mois après, alors que Pénèle se débattait, misérable, dans la maille serrée de ce piège qui s'était refermé sur elle ce soir de juillet. La canicule d'une saison, une inclination particulière, une préférence ; il suffit d'un rien.
Déjà, et dès l'origine, la vie s'était montrée facétieuse à son égard. A sa naissance, ses parents l'avaient affublée de ce prénom improbable et tronqué de Pénèle. S'appeler Pénèle quand on porte le patronyme d'Itakis, quelle dérision ! Elle n'était pas sûre au demeurant que ce nom ne fût pas lui aussi quelque invention saugrenue de ses géniteurs, un pseudonyme pour saltimbanques de cirque, rien de plus. Artistes de haute voltige, trapézistes capables de défier les lois de l'équilibre et de la gravité, il n'est pas impossible que, de la même façon, ils aient voulu faire la nique à l'état civil. Il reste avéré que la petite Pénèle avait vu maintes fois ses père et mère évoluer, telles des météorites, dans le ciel du chapiteau. Et telles des météorites, ils en avaient disparu. Un soir, les Itakis étaient tombés et on les avait relevés, mains encore enlacées, pauvres pantins désarticulés sur le sable de la piste. Par une grâce spéciale de la providence, la petite fille fut exemptée de cette vision : elle n'assistait pas au spectacle ce soir-là. Pénèle n'avait que six ans, le couple aérien qui l'avait conçue lui laissait pour tout héritage une identité ridicule dont il faudrait bien qu'elle apprenne à s'accommoder.


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