Auteur : Alain-Julien Rudefoucauld
Date de saisie : 14/03/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Tristram, Auch, France
Collection : Littérature française
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 978-2-907681-93-3
GENCOD : 9782907681933
Sorti le : 05/01/2012
Des adolescents, pour certains à peine sortis de l'enfance et déjà en perdition : massacrés par la famille, la société, les institutions. Six d'entre eux vont raconter - à la première personne, dans la langue brutale et splendide qui est leur seule arme - la guerre invisible que l'époque mène contre ses propres enfants.
Cela se passe aujourd'hui, en France, dans les marges de la région bordelaise. À mesure que Marco, Sylvie, Xavier, Malid, Manon et Thierry racontent, leurs chemins se rejoignent. Ils vont former ce «dernier contingent» dont l'épopée durera douze semaines - sidérantes de noirceur et de beauté, comme une longue catastrophe montrée au ralenti.
Alain Julien Rudefoucauld régénère l'écriture romanesque par un parler direct, jaillissant, imagé, dont l'intensité ne cesse de croître jusqu'au point final du livre.
Pour s'être lui-même jadis un peu bagarré dans les rues d'Alger, et avoir exercé depuis la psychanalyse en hôpital psychiatrique, l'auteur semble s'y connaître en matière d'ados à la dérive. Son livre ne relève pourtant ni du témoignage, ni même du pamphlet. Il est beaucoup plus fort que ça. C'est un roman survitaminé qui ne vous lâche pas, un thriller à six voix qui vous glacent, vous arrachent des rires nerveux et, des semaines plus tard, vous cornent encore dans les oreilles...
En donnant la parole à ces six gamins, Alain Julien Rudefoucauld n'a pas besoin de leur donner raison ou tort. Mais il a choisi son camp. Il a aussi pris le risque de leur bricoler une langue qui tchatche, qui explose, qui pleure et qui rit, dans des monologues intérieurs bourrés de cuir, d'obscénités et d'une poésie insolite.
Le rare Alain Julien Rudefoucauld explore l'adolescence, ses illusions et ses vertiges. Etouffant et rageur...
Ces presque adultes en perte de repères ne seraient-ils pas des chiens errants que l'autorité, incapable de les dresser, rend mauvais ? Le constat n'a rien de bien neuf depuis La Fureur de vivre. Mais toute la force du Dernier Contingent tient dans l'acuité de ces tranches de vie à la première personne. Le lecteur est happé par le style coup de poing de Rudefoucauld, contemporain et suranné. Il suffit de lire quelques lignes à voix haute pour ressentir la force de cette langue rageuse, théâtrale et faussement relâchée.
C'est un livre qui agrippe le lecteur tout autant qu'il le malmène...
A rebours de l'idée répandue selon laquelle, ma brave dame, mon bon monsieur, les jeunes n'ont plus de respect pour rien de nos jours, Alain Julien Rudefoucauld a écrit son roman comme la mise en accusation d'une société qui ne leur en témoigne aucun...
La structure éclatée du récit, en obligeant le lecteur à un effort de concentration, en le forçant à reconstituer à chaque fois la trajectoire de celui qui s'exprime - à prendre en charge son destin, en quelque sorte - le pousse à s'interroger sur ses propres responsabilités tout au long de ce livre puissant, porté par la colère...
Dans un paysage littéraire français qui s'intéresse peu à la jeunesse, ou seulement pour l'utiliser comme une figure de l'ennui et de la résignation, le choeur d'adolescents rageurs qui porte cette épopée tragique en douze semaines se fait entendre d'autant plus fort.
Le texte, d'une extraordinaire puissance, est ainsi jaillissement, urgent, brûlant, rugueux, formidablement suggestif, charriant tout en même temps : la langue la plus contemporaine, celle de la rue et des marges, celle des invisibles, le son mêlé du quotidien, la barbarie de tous les jours, à vif, éblouissante de crudité et de brutalité...
Voilà longtemps qu'on n'avait lu pareil texte et pareille langue en littérature française. Le Dernier Contingent d'Alain Julien Rudefoucauld est incontestablement l'un des meilleurs romans de cette rentrée.
Ce sont des gosses, et ils se battent. Tout le livre se passe dans leur tête. Manon, Malid, Xavier, Sylvie, Thierry et Marco, on ne les connaît que par leurs prénoms et on ne les oubliera jamais, quatre mousquetaires et deux filles, dont un ange : six personnages qui vont se rejoindre comme des billes de mercure, six courants de conscience qui se relaient pour narrer la chasse à l'enfant. En douze semaines, le Dernier Contingent scande l'engrenage de la violence. L'auteur, Alain Julien Rudefoucauld, ferraille avec un panache sans pareil. Il procure à ses déshérités l'arme infaillible du langage. Comment se retrouve-t-on dans les filets de la justice et des forces de l'ordre, dans les «AEP» (accueil éducatif pénal), ou sous l'égide de «l'hares» (haute autorité régionale de l'éducation et de la santé), acronymes inventés au plus près de la créativité bureaucratique ? Pas forcément en étant d'emblée un exclu. Le jeune Xavier, qui a 15 ans quand les autres en ont 17, et mal au ventre quand il ne faut pas, se fait prendre pour avoir volé des albums au festival de la bande dessinée d'Angoulême (le récit se passe en Charente et en Gironde, où vit l'auteur). Il a ses deux parents, des enseignants, mais ils l'ignorent ou le méprisent. Son vrai soutien dans l'existence est son grand-père. Dans le Dernier Contingent, à la génération d'après, il n'y a plus personne pour éduquer, consoler, raconter, nourrir.
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