Auteur : Denis Grozdanovitch
Date de saisie : 23/01/2012
Genre : Photos
Editeur : Rouergue, Arles, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 9782812602207
GENCOD : 9782812602207
Sorti le : 04/01/2012
Depuis son plus jeune âge, Denis Grozdanovitch fait des photographies qui prolongent et illustrent ses textes. On y trouve un goût certain pour les maisons en ruines, les jardins à l'abandon, les puissantes averses, les friches industrielles et les bouts du monde. Des amis passent, certains sont morts, d'autres peignent inlassablement le même arbre, pour chacun il y a une histoire. On habite Paris, l'Aveyron, puis la Nièvre. Judith, la compagne, est de tous les voyages : en Toscane, dans les îles grecques, dans les montagnes de Tasmanie, elle est le visage unique qui rassemble les années éparses. - Denis Grozdanovitch accompagne cinquante-deux de ses photographies d'autant de textes courts qui explorent les éblouissements passés et raniment l'enchantement des temps perdus.
Denis Grozdanovitch, qui vit aujourd'hui entre Paris et la Nièvre, a longtemps mené une double vie d'érudit et de sportif professionnel. En 2002, il publie chez José Corti Petit traité de désinvolture qui obtient le prix de la Société des gens de lettres et devient un livre culte. Il est également l'auteur de Rêveurs et nageurs (2005, prix des Librairies initiales), de Brefs aperçus sur l'éternel féminin (2006, prix Alexandre Vialatte) et de L'Art difficile de ne presque rien faire (2009). La Secrète Mélancolie des marionnettes, son premier roman, est paru en janvier 2011 aux Éditions de l'Olivier.
Un recueil de photos et de textes bercé au rythme des souvenirs et des émerveillements...
Denis Grozdanovitch prend des notes et des photos, "espérant ainsi sauvegarder, du moins pour quelque temps, les traces de [ses] éblouissements"...
Nostalgie et enchantement.
Quelle ne fut pas ma surprise lorsque, dans la petite salle de bains où j'avais l'habitude d'installer mon labo-photo, je vis, dans le bac d'acide, se révéler la figure de cet Asiatique qui semblait s'être greffé dans mon dos comme un frère siamois ? Car, à l'instant même du déclic, concentré sur la bonne distance et sur la visée approximative exigées par cet indispensable «autoportrait de l'artiste en jeune homme» et sans parler du fait qu'à cette époque où je me plongeais avec assiduité dans la pensée chinoise j'allais aussi - fatale ironie du verbe - «chiner» chaque dimanche au marché aux puces de Vanves, je n'avais nullement noté la présence de ce regard jeté par-dessus mon épaule par rien moins peut-être que mon double fantasmatique... Depuis lors, je me suis souvent demandé, examinant soigneusement cette image, lequel des deux, du Chinois énigmatique au regard sombre ou du jeune Européen, apprenti photographe accessoirement sinisant et un peu narcissique, était la projection de l'autre dans le miroir (aux bords biseautés, notez-le bien !) d'une armoire normande disposée par la providence sur le trottoir parisien ? Suis-je, en effet, son double potentiel rencontré inopinément à l'un des carrefours du temps circulaire ou bien est-il plutôt lui-même une créature ectoplasmique surgie de mon imaginaire «taoïsant» du moment ? Cette épineuse et fondamentale question ontologique, qui restera sans doute, hélas, irrésolue, n'avait-elle pas été déjà esquissée, dans le poème d'un certain Li Chang Yin écrit au ixe siècle ?
«Pourquoi ma cithare a-t-elle cinquante cordes ?/ Pourquoi ai-je vécu cinquante années ?/ Chacune a résonné puis le son s'en est éteint./ Tchouang Tseu fut-il un homme rêvant d'un papillon/ Ou bien un papillon qui a rêvé d'un homme ?/ L'empereur Wang s'est-il par honte d'amour/ réincarné en coucou/ ou fut-il un coucou réincarné en empereur ?/ À la pleine lune, au fond des mers,/ les perles pleurent des larmes./ Sur le mont indigo, à la canicule,/ le jade fait naître de la fumée./ Ce que je suis et sens mûrira peut-être en mémoire/ ou bien s'évanouira,/ un rêve où le rêveur a rêvé qu'il rêva.»
Je ne parviens plus à me souvenir pour quelle raison exacte, par ce jour de grand vent et de grande pluie, j'avais soudain décidé de quitter mon confortable fauteuil de lecture près de la cheminée et m'étais aventuré dans le bois en pente derrière la maison - non loin de la vallée de Chevreuse - où je séjournais alors ? Toujours est-il qu'après maintes bifurcations et maints détours parmi les sentiers du plateau où j'avais abouti, j'avais fini par me retrouver, un peu désorienté, dans une sorte de steppe de chardons et de ronces où je devais avancer en couchant devant moi, au moyen de mon bâton de marche, la végétation enchevêtrée et quelque peu hostile. À un certain moment, tandis que je m'évertuais ainsi, contournant péniblement un grand champ spongieux délimité par des barbelés, j'ai aperçu cette ligne d'arbres harcelée par une meute de nuages en furie.» Pour une fois, j'ai un peu de mal à me remémorer ce qui a bien pu me fasciner dans ce spectacle puis me déterminer, trempé comme je l'étais sous la pluie insistante et pressé de réintégrer mes pénates, à saisir mon fidèle Minox et à fixer l'image de cet anodin coin de campagne assombri par la tempête. - Cependant, si ! Car, à bien l'examiner, je crois soudain me rappeler le sentiment qui me poussa à saisir ce cliché : une sorte de commisération fraternelle pour cet arbre qu'on aperçoit à l'extrême gauche, dont l'attitude à la fois ébouriffée et hiératique en tête de la colonne de ses congénères (qui semblent se couler peureusement en file indienne derrière lui), m'a semblé symbolique de la secrète vaillance qu'il fallait aux grands arbres pour endurer ainsi sur une lande désolée un tel assaut des intempéries, a fortiori lorsque votre ancienneté et vos probables mérites vous ont promu chef de file !
Copyright : Studio 108 2004-2012 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli