Auteur : Ben
Date de saisie : 19/12/2011
Genre : Arts
Editeur : Musée de Louviers, Louviers, France | Point de vues, Bonsecours, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 9782915548624
GENCOD : 9782915548624
Sorti le : 21/11/2011
Si Ben utilise l'écriture comme vecteur principal de son oeuvre, ce n'est pas tant pour son graphisme bien particulier et reconnaissable entre mille, mais surtout pour le sens des mots et des idées auxquels ils se rattachent. Chaque phrase, chaque déclaration de l'artiste retentit comme un slogan et devient une évidence incontournable. Il aime jouer avec les contradictions et tordre le cou aux certitudes, et il le fait toujours avec humour et une certaine impertinence derrière lesquels se cachent toute la sensibilité et la lucidité de l'artiste. Un des artistes majeurs du XXe siècle, connu pour sa peinture, ses déclarations et ses actions provocatrices, Ben reste aujourd'hui une figure incontournable de l'art. Ses réflexions sur l'art et la vie touchent à l'essentiel.
Laboratoire 32
Ben devant son magasin à Nice
1958-1972
Par Michel Natier
Inviter un artiste peut procéder de différentes motivations - la rareté de l'oeuvre autant que son abondance - l'expérience nouvelle comme la récurrence d'une démarche -la pertinence comme l'impertinence, l'un n'excluant pas l'autre - la beauté du geste et le courage de la posture - mais toujours persiste la nécessité impérieuse que se dégage de l'oeuvre l'essence même de la démarche. Le point ultime serait la résultante de cette alchimie - symbiose entre l'oeuvre et l'artiste.
Quand l'oeuvre devient signature, que la signature n'est plus nécessaire à la distinction de l'oeuvre, que la question de l'auteur ne se pose plus - que l'oeuvre devient évidence -c'est un Ben - du Ben - c'est Ben. L'oeuvre est devenue sa signature - et sa signature apposée sur n'importe quel objet, n'importe quel événement, être ou situation, devient une oeuvre de Ben.
Ce sont autant la rareté dans l'originalité que l'abondance et la profusion de son oeuvre - la spécificité autant que sa grande pertinence - qui font de lui un artiste incontournable, voire même essentiel, de la scène artistique depuis un bon demi-siècle.
C'est à partir de 1977, à l'ouverture du Centre Georges Pompidou, grâce au courage de son directeur Ponthus Hulten qui a fait acquérir «le magasin de Ben» parle Musée national d'art moderne, que l'importance de l'oeuvre de Ben prend sa place sur la scène artistique. Cette oeuvre, qui pouvait paraître complètement décalée au regard du reste de la collection du MNAM permettait de mesurer le potentiel et la puissance du geste de Ben. Elle venait à la fois rappeler l'enseignement de Duchamp que «tout est art» - question de posture - et donner une leçon d'humour et d'humilité dans un monde de l'art drapé de certitudes. Elle s'affichait au milieu du musée, exhibant des slogans qui remettaient en question la nature même des oeuvres exposées. Sorte de pied de nez au sein de l'institution, cette oeuvre était emblématique d'un besoin de rompre avec les habitudes et les conventions, tout comme les architectes du Centre Pompidou, Renzo Piano et Richard Rogers parvenaient à perturber le tissu mental et urbain parisien.
On pouvait y voir l'expression d'un formidable espoir de rendre l'art accessible à tous, un acte fondateur de la démocratisation de l'art. Non pas une oeuvre populiste et démagogique, flattant le spectateur dans le sens d'une certaine acculturation. Au contraire, en récusant les théories surannées d'un art institutionnel l'oeuvre de Ben agit comme une oxygénothérapie du monde de l'art.
Décréter qu'un objet est de l'art ne suffit certes pas à en faire une oeuvre, même après Duchamp. Pour rendre la transformation possible il faut l'acte volontaire d'un artiste, et c'est peut-être quand s'opère cette magie que l'artiste véritable se révèle. Il n'y a que Ben qui puisse faire du Ben. Une oeuvre de Ben est de fait inimitable, comme l'est un ready-made après Duchamp.
Ben aime provoquer, cherche la confrontation. Mais pas simplement pour se mettre en scène et flatter son ego, bien que celui-ci occupe la place centrale de son oeuvre, «Ben = art». Il stigmatise pour mettre en exergue, c'est un lutteur. Il triture les évidences, révèle les non-dits et met à terre les certitudes. En écorchant les paradoxes il met à jour les faiblesses du monde. Il pousse sa réflexion au paroxysme de la logique et du raisonnement. Il presse les contradictions pour en faire jaillir une vérité ou en souligner l'absurdité. Intellectuellement engagé, il dénonce l'impérialisme politique et défend l'ethnisme, «Pas de peuple sans sa langue», il s'oppose à la dictature culturelle étatique et prône la liberté de penser «Le naufrage du prêt à penser».
L'oeuvre de Ben est le reflet de sa constance, constance de sa réactivité et de sa lucidité, comme sa dernière rétrospective organisée au musée de Lyon en 2010 «strip-tease intégral» permettait de le constater. Très tôt il organise des performances, cherche à provoquer le public et le monde de l'art. La chronologie de ses actions montre combien il est souvent en avance sur son temps.
Son oeuvre se distingue d'abord peut-être par son accessibilité. Il n'y a aucune prétention dans sa mise en oeuvre, il ne cherche pas à épater la galerie mais à la faire éclater ! On peut mesurer la modestie de son oeuvre à travers les matériaux qu'il utilise, objets de récupération, peinture/écriture recourant à un minimum de moyens. Mais cette apparente simplicité est inversement proportionnelle à la puissance du message délivré. Ben est un artiste conceptuel non ennuyeux.
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