Auteur : Emmanuel Godo
Illustrateur : photographies de Louis Monier
Date de saisie : 31/01/2012
Genre : Guides Tourisme, Voyages
Editeur : Sud-Ouest, Bordeaux, France
Collection : Beaux livres
Prix : 17.90 € / 117.42 F
ISBN : 978-2-8177-0154-7
GENCOD : 9782817701547
Sorti le : 03/11/2011
De Lille à Courtrai, de Douai à Dunkerque, de Bruges à Cassel, les visages de la Flandre sont multiples. Les découvrir et les aimer, c'est parcourir une longue histoire, faite de liberté et de souffrance, d'obstination et de joie, c'est traverser des paysages où les jeux de la terre et du ciel, de la lumière et de l'eau, ont un côté envoûtant. Il y a peut-être des régions qui se donnent plus ostensiblement, dans la facilité d'un premier coup d'oeil. Celle-ci a quelque chose de pudique et d'intérieur, qui demande une forme supérieure de patience.
Il fallait le regard littéraire du photographe Louis Monier et la poésie de l'écriture d'Emmanuel Godo pour en capturer l'écho. On n'entre pas brusquement dans la délicate magie de la Flandre : on se laisse posséder, sans tapage et sans artifice.
Emmanuel Godo vit à Lille, où il enseigne la littérature au lycée Faidherbe. Il est essayiste et écrivain, auteur d'une histoire de la conversation (PUF, 2003) et d'une dizaine de monographie dont Victor Hugo et Dieu, bibliographie d'une âme (Cerf, 2001) et Paul Claudel, la vie au risque de la joie (Cerf. 2005). Venu de Picardie, il a découvert Lille un lendemain de braderie et depuis lors n'a plus quitté une région qui lui a donné trois filles et un nombre incalculable d'amis.
Louis Monier est photographe certes, mais surtout "photographe d'écrivains". Depuis trente ans, toutes les figures de la République des lettres sont passées au crible de son Leica, de Beckett à Aragon, de Romain Gary à Marguerite Yourcenar. C'est d'ailleurs en photographiant la villa de cette dernière, à Saint-Jans-Cappel, qu'il a découvert et aimé la Flandre.
Flandres et Flandre
UN REFRAIN DE CHANSON
La Flandre est un nom aux contours fluctuants - c'est le moins que l'on puisse dire. Étymologiquement, Flaumandrum signifie «terres inondées». Entre le IVe et le VIe siècle, on trouve mention du pagus flandrensis dont l'étymologie croise le latin flumen, «le fleuve», et le néerlandais vlieden, «couler, s'écouler». Le pagus flandrensis désigne initialement une région s'étendant le long de la côte entre Calais et le Braakman, affluent de l'Escaut qui va jusqu'à Gand. Le nom de Flandre prit ensuite une signification plus large pour désigner le comté médiéval de Flandre qui englobait Lille, Dunkerque, Ypres, Bruges, Courtrai et Gand. Aujourd'hui, la Flandre, dans ce sens plus historique que géographique, entre en concurrence dans le langage avec les Flandres, qui désignent deux provinces belges, la Flandre-Occidentale et la Flandre-Orientale. La chose se complique encore si l'on considère que le mot Flandre, en Belgique, peut avoir une définition plus linguistique et englober la partie néerlandophone du royaume, soit la Flandre-Occidentale, la Flandre-Orientale, le Limbourg, le Brabant flamand et Anvers. Il nous faut donc faire un choix. C'est pourquoi nous proposons de nous en tenir, dans le cadre de ce livre, à la signification plutôt historique du mot Flandre.
Mais un mot de méthode avant tout. Pour bien parler de la Flandre, il faut être capable d'entrer dans la compréhension du simple, ce qui est sans doute la chose la plus compliquée qui soit. Ceux qui croient que les ciels gris sont monotones, que la mélancolie n'est que tristesse, que l'humilité est l'apanage des faibles, peuvent passer leur chemin. Le paysage, ici, n'est pas de ceux qui s'imposent ou en imposent, il préfère vous laisser venir à lui et vous apprivoiser, tout en ayant la politesse de vous faire croire que c'est vous qui vous acclimatez. Il laisse à d'autres sites le prestige des contemplations extasiées et des exclamations immédiates. Au seuil de sa Colline inspirée, Barrés ne mentionne pas un point de Flandre parmi les lieux où souffle l'Esprit - et c'est très bien ainsi. Le simple se défie des éloges trop bruyants, il n'a cure des hymnes solennels, des dithyrambes. À tout prendre, il préférerait encore l'image d'Épinal au slogan trop racoleur, le modeste cliché à la formule péremptoire. Un refrain de chanson qui parlerait d'un soleil qu'on porte dans son coeur, d'un plat pays ou d'un enfant qui peine à s'endormir - tout plutôt qu'un discours trop ouvertement louangeur.
Simplicité ne veut pas dire fadeur ou uniformité. Derrière le mot Flandre se cachent des paysages très variés.
LA FLANDRE MARITIME
Commençons par la Flandre maritime dans la partie la plus septentrionale de la région, le long de la Côte d'Opale. En bordure de la mer du Nord, de Grand-Fort-Philippe à Bray-Dunes, avec l'Aa qui la borne à l'ouest, la frontière belge à l'est, cette frange se décompose elle-même en deux espaces : les dunes (le Strand) d'une part, en lutte pour ne pas être absorbées par le port de Dunkerque, et la partie des water-gangs et des polders ou des moeres de l'autre (le Blootland, «pays nu» selon l'étymologie), abritée des dunes et dont les sols furent asséchés pour gagner en fertilité.
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