Passion du livre - tout sur le livre : Marseille : la métropole
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.. Marseille : la métropole

Couverture du livre Marseille : la métropole

Auteur : Camille Moirenc

Préface : Pierre Sansot

Illustrateur : photographies de Camille Moirenc

Date de saisie : 27/12/2011

Genre : Photos

Editeur : Jeanne Laffitte, Marseille, France

Prix : 49.50 € / 324.70 F

ISBN : 9782862764887

GENCOD : 9782862764887

Sorti le : 20/10/2011

en vente sur logo Amazon.fr Librairie Dialogues


  • La présentation de l'éditeur

Une équipe de passionnés vous entrainent dans les airs pour découvrir le territoire de la Métropole, du Cap Couronne au Bec de l'Aigle.
Vue du ciel, la trame urbaine s'étend au-delà des collines et des massifs, toujours pour rejoindre la mer.

Le photographe, Camille Moirenc, avec la complicité du pilote d'hélicoptère Jacques Ripert, nous offre des images surprenantes, grandioses et d'une qualité tout à fait remarquable.
L'éditrice, Jeanne Laffitte, a choisi le symbole de l'infini pour le plan de cet ouvrage, non pas pour vous faire tourner la tête mais pour affirmer que la Métropole n'a pas de limite, tant en nombre d'habitants qu'en surface.
Tel un piéton volant, vous arriverez par le large vers le Centre Ville pour une grande virée au Sud jusqu'à La Ciotat, vous reviendrez par le Garlaban et plongerez dans la plaine de l'Huveaune jusqu'à la gare Saint Charles. Vous repartirez vers les ports et déroulerez la Côte Bleue vers Marignane pour retrouver les villages des quartiers Nord vers le Centre et La Canebière.

Les urbanistes, Charles Bové et Pascal Urbain, livrent leur analyse sur le développement de la ville, de sa naissance à son futur. Ils ont composé les légendes des images une à une pour mieux apprécier leur contenu.
Enfin, le philosophe Pierre Sansot (disparu en 2005), spécialiste de la poétique des villes, sera votre guide pour comprendre et goûter cet espace exceptionnel.





  • Les premières lignes

Une ville d'ordre

Marseille est une ville singulière. Le thème est assez rebattu, assez généralement repris avec complaisance par les Marseillais et ceux qui les observent, pour qu'il faille y revenir. Cette singularité est souvent interprétée en terme de désordre, de chaos urbain, dont on voudrait faire la promotion. La vie à Marseille ne serait plus dans le rapport du centre à la périphérie, mais, dores et déjà, les pratiques - faire une virée sur la Côte Bleue, déjeuner à La Ciotat, remplir un Caddie à Plan-de-Campagne - seraient celles d'une ville polycentrique, celle d'un territoire de «situations» indifféremment distribuées par un réseau routier adapté à l'échelle de l'agglomération. C'est par cette caractéristique excentrée que Marseille apparaîtrait comme une machine à intégrer les communautés et les hommes, autour d'une identité marseillaise faite d'une «assemblée de villages» sans hiérarchie entre eux, villages sociaux autant que territoriaux. La «chance de Marseille» serait d'être chaotique par essence, naturellement fragmentée, de tout temps morcelée en villages, dont les contrastes feraient écho à la diversité culturelle de ses habitants.

Il faut penser autrement l'exception marseillaise. Marseille n'est pas chaotique par essence. Le damier de la ville antique était cohérent. Les lotissements du Moyen Âge étaient cohérents. L'extension du grand siècle était cohérente. L'occupation du territoire par les bastides produisait en son temps une campagne cohérente, d'une structure parcellaire bien définie. Les extensions de la première moitié du XIXe siècle étaient cohérentes, aussi régulièrement tracées que les quartiers qu'elles prolongeaient. Le percement de la rue de la République et les docks préfiguraient un projet cohérent. La fragmentation du paysage est récente : abandon de grands projets au siècle dernier, infrastructures et logements réalisés après-guerre. La ville continue à cesser de croître et d'intégrer les campagnes dans la deuxième moitié du XXe siècle, tandis que le centre, éventré par un système routier pléthorique, était laissé en jachère. Il n'est pas d'autre ville structurée qui dispose d'une telle réserve foncière, si peu estimée, qui ne demande qu'à recouvrer son urbanité. Confisqué à tous, au vu et su de tous, le centre fait office de «ville ouverte».

Cette disponibilité du centre, plus que le morcellement de la périphérie, fonde les extraordinaires capacités d'intégration de Marseille. La ville qui nous est léguée au début du XXe siècle est organisée, structurée, lisible :
une vieille ville régulière, resserrée sur la colline ;
un centre baroque régulier, englobant les faces du Vieux-Port ;
des boulevards régulièrement plantés en limite du centre ;
des extensions en dents de scie constituant une figure tournante autour des boulevards ; une campagne organisée.

Ce n'est qu'au XXe siècle, plus particulièrement dans sa deuxième moitié, que cette ville d'ordre a été systématiquement saccagée : percées autoroutières, viaducs en surplomb des quartiers, places éventrées, élargissements sans suite, campagnes urbanisées sans logique formelle, traverses élargies, hauts murs de pierres sèches abattus, bastides détruites, etc.
Le résultat est incontestable, et nous ne nierons pas les qualités formelles du paysage résultant : dialogue violent entre les infrastructures routières et le relief, barres et tours plantées violemment sur les collines, comme des prismes purs émergeants d'une gangue de roche blanche, béances ouvertes dans les tissus anciens.
Ce monde dur fait écho à une esthétique moderne de haute tenue.
Il insiste sur les hiatus, les blessures, les cicatrices, les télescopages entre systèmes concurrents.
Mais le discours qui accompagne l'émotion esthétique - Marseille terre de contrastes, Marseille ville du chaos, Marseille aux cent villages, Marseille au mille centres - a servi, sert et peut servir encore d'alibi aux pires outrages qui sont faits à la ville.

Alors il était temps de prendre de la hauteur, un téléobjectif et un grand angle : un téléobjectif pour montrer la fragmentation récente du territoire, un grand angle pour montrer l'ordre ancien qui perdure.

Charles Bové
Pascal Urbain


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