Auteur : Alexandre Maral
Préface : Jean-Pierre Babelon
Date de saisie : 25/11/2011
Genre : Architecture
Editeur : Arthena, Paris, France | Château de Versailles, Versailles, France
Prix : 99.00 € / 649.40 F
ISBN : 978-2-903239-46-6
GENCOD : 9782903239466
Sorti le : 15/10/2011
Après avoir étudié la chapelle royale comme institution et lieu musical, je me suis penché sur l'édifice matériel : un chef-d'oeuvre d'architecture, de décors peints et sculptés, mais aussi de mobilier. Je me suis rendu compte que ce lieu, à l'écart des circuits de visite du château de Versailles, avait été de ce fait relativement peu étudié, souvent même méprisé (on y a longtemps vu un symbole de l'art dit jésuite, contraire à la sensibilité française) et en tout état de cause magnifiquement préservé. Le livre que j'ai entrepris à la demande de Pierre Rosenberg répond ainsi à une triple ambition : révéler au grand public, dans tous ses détails, un monument majeur de notre patrimoine resté injustement méconnu ; offrir une lecture de son programme iconographique qui n'a pas fini de surprendre par sa richesse et ses subtilités ; montrer le caractère authentique du lieu, épargné des restaurations drastiques. En fin de compte, cette chapelle s'impose comme le testament de Louis XIV.
Alexandre Maral
Le dernier grand chantier de Louis XIV, conçu par Hardouin-Mansart auquel furent associés les plus grands peintres, sculpteurs et ébénistes de l'époque.
Extrait de l'introduction
La chapelle royale du château de Versailles fait figure de symbole : bien après son édification, elle apparaît sur un dessin préparatoire à la composition du Serment du Jeu de paume, alors même qu'elle n'est pas visible depuis la fenêtre de la galerie supérieure de la salle où David l'a représentée (fig. 2). Cette présence inattendue, invraisemblable et, pour tout dire, assez inquiétante, fut choisie pour symboliser la demeure de celui qu'on était encore loin d'appeler le «tyran», mais dont les représentants élus et en passe de s'assermenter allaient peu à peu, inexorablement, rogner puis annihiler les pouvoirs. Par sa mise en scène du Serment, par le violent orage de juin qui menace l'intégrité même de la toiture, David semble désigner la chapelle royale à la vindicte de l'opinion publique : c'est le caractère dominateur de l'édifice qui apparaît mis en péril depuis la modeste salle choisie par les nouveaux députés de la Nation. Outre son contenu idéologique, la chapelle contribue pleinement, sur le plan architectural, à la définition de la résidence royale : même si elle ne semble pas vraiment intégrée à la masse des bâtiments qui l'environnent, même si elle introduit une note de dissymétrie dans un univers qui semble régi par des lois contraires, le fait qu'elle dominait alors tout Versailles, bien visible depuis la ville comme depuis les jardins, en faisait en quelque sorte le monument-phare du complexe curial, urbain, politique et administratif conçu et légué par Louis XIV.
En vertu de la dialectique dont David se faisait le génial traducteur, la salle du Jeu de paume accédait aux honneurs du lieu de mémoire par excellence : c'est en tant que tel qu'elle fut classée au titre des monuments historiques dès 1848, bien avant le château de Versailles. À l'inverse, au sein du palais déserté puis réinvesti pour accueillir les gloires de la France, la chapelle devait longtemps faire figure de belle endormie, à l'écart des flux et de l'attention des visiteurs. Encore récemment, un recueil illustré par un architecte de talent et destiné à expliquer de façon didactique le déroulement du chantier de Versailles ne faisait aucune allusion à la chapelle, comme si ce morceau d'architecture pouvait être tenu pour quantité négligeable, tandis qu'une étude magistrale portant sur la symbolique des décors versaillais faisait l'économie de tout discours sur cette partie pourtant essentielle à la construction et à la manifestation de la figure du roi.
En contradiction avec l'état de conservation de l'édifice, qui correspond de loin à la partie du palais la plus authentique, l'incompréhension et le manque de considération dont la chapelle a été l'objet sont en raison inverse de la quantité des sources conservées. Là encore, la visibilité documentaire a pu sembler écrasante. Il est toutefois étonnant que le carton O1 1784 des Archives nationales, comportant près de deux cents marchés, mémoires et diverses pièces de correspondance et qui permettrait à lui tout seul d'étayer une monographie de l'édifice, n'ait jamais été complètement exploité.
En 1912, Pierre de Nolhac publiait un luxueux recueil sur la chapelle royale (fig. 363) : si le texte est essentiellement descriptif, fondé sur l'édition complète du manuscrit de Jean-François Félibien, un ensemble de cent soixante-huit planches devait fournir, pour la première fois, une couverture photographique presque complète du décor de la chapelle, dont l'incroyable richesse des parties sculptées était enfin révélée au grand jour. Tout en reprenant le propos du recueil de Nolhac, le présent ouvrage a l'ambition de présenter de manière méthodique cet ensemble exceptionnel, qui est resté trop injustement méconnu jusqu'à présent : seule la vision des oeuvres, la plupart inaccessibles en temps ordinaire, et leur analyse permettent d'étayer le discours de réhabilitation auquel cet édifice peut légitimement prétendre. L'élaboration de ce qui fut un véritable manifeste de l'architecture religieuse, les conditions de la création artistique sur le chantier de la chapelle, la chronologie de la réalisation du décor peint et sculpté, les diverses fonctions et formes assumées par ce dernier, mais aussi ses compléments dans le domaine du mobilier et, enfin, l'évolution de l'édifice au cours du temps forment les différents axes de l'approche proposée ici, qui s'est voulue pluridisciplinaire et aussi exhaustive que possible.
En 1990, un an après avoir entrepris une thèse d'École des chartes sur le sujet, je fus amené à étudier essentiellement dans un premier temps la Chapelle royale en tant qu'institution et le lieu comme cadre des cérémonies religieuses de la cour. Par la suite, j'ai eu l'occasion de publier plusieurs études sur des points plus précis touchant à l'architecture, au décor ou au mobilier de la chapelle royale, dans la mesure où il me semblait possible d'apporter du nouveau : les premières chapelles du château, l'enjeu architectural de celle de 1710, le sens de son iconographie et la question d'un programme, les éléments de son mobilier en 1715. Outre qu'elle me permet d'offrir une synthèse de ces premiers jalons, la présente publication est le résultat de recherches restées trop longtemps inédites.
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