Auteur : Pierre-Paul Feyte
Illustrateur : Pierre-Paul Feyte
Date de saisie : 18/11/2011
Genre : Nature, Animaux
Editeur : les Petites vagues, La Broque, France
Prix : 30.00 € / 196.79 F
ISBN : 9782915146882
GENCOD : 9782915146882
Sorti le : 22/09/2011
Extraordinaires images de nuages, d'orages, en panoramique, plans larges et macrophotos, décrivant, depuis la rosée et les brumes jusqu'aux monstrueux nuages d'orage, la mutation et l'évolution des phénomènes météo pendant un cycle de 24 heures. Commentaires techniques précis (noms des nuages et des phénomènes physiques) qui instruisent le lecteur mais dans lesquels la poésie est toujours présente. L'auteur est un photographe certes amateur mais très doué dans les images de nuages, d'éclairs et de paysages superbes. Il cumule ce talent avec une parfaite maîtrise des phénomènes météorologiques : description des nuages, des variations climatiques, des orages et des éclairs. Région privilégiée : celle de l'auteur : grand Sud-ouest, Auch, Toulouse.
Introduction
Laissez-moi vous conviera une rêverie, un songe en image.
C'est un singulier voyage que celui que je vous propose et dont témoignent les clichés. Si certains peuvent vous paraître oniriques, ils ne sont pourtant pas le fruit de la fantaisie, mais témoignent au contraire du spectacle que nous offre le ciel.
Un voyage immobile, pour lequel il n'est nul besoin de gagner de lointains horizons ni de franchir les océans. C'est une aventure où le voyageur peut se contenter de rester immobile, mais où la patience est requise. Le spectacle qui va se dérouler devant nos yeux n'en sera pas pour autant ennuyeux, ni dépourvu de périls à certains moments...
Imaginez vingt-quatre heures sous le ciel.
Vingt-quatre heures qui constitueraient la journée idéale de l'amoureux des nuées. Un jour et une nuit au rythme du ciel, avec d'heure en heure la succession des manifestations atmosphériques qui constituent autant de visages différents de notre environnement aérien, si mobile et si changeant. Une parfaite illustration de l'impermanence des phénomènes, pourtant révélatrice de la pérennité des causes qui les commandent. Des sujets d'émerveillement insoupçonnés vont se présenter à nous, il me paraît naturel que cette émotion s'accompagne du désir de comprendre les lois naturelles sous-jacentes. Émerveillement et découverte vont ainsi nous accompagner au cours d'une rêverie au rivage du ciel et de la terre, un songe amoureux d'azur et de nuées, teinté d'un peu de physique. Le soleil va être le moteur de ce spectacle. En son absence, le refroidissement nocturne nous plonge dans une atmosphère de plus en plus stable qui verra la campagne assoupie se peupler de brouillards. Le jour venu, les flots d'énergie déversés par notre étoile dissiperont les brumes, échaufferont le sol qui rapidement communiquera sa chaleur à l'air. Ce dernier, conformément à sa nature gazeuse, ne va pas manquer de manifester sa grande susceptibilité au changement de température en développant des mouvements convectifs. L'air chaud s'élèvera en formant des bulles tièdes qui gagneront des altitudes de plus en plus élevées. D'abord invisibles, ces ascendances thermiques se dévoileront par l'eau qu'elles hissent dans l'azur. La condensation de myriades de gouttelettes donnera corps à des édifices nuageux de plus en plus amples, devant nos yeux se bâtiront de vastes palais où bientôt se répercutera la voix caverneuse du tonnerre. À cette apothéose diurne succédera le flamboiement de la fin du jour. Le crépuscule ouvrira les portes de l'infini, mais avant de moissonner les astres nous connaîtrons de nouveau l'éclat de la foudre. Des étincelles cyclopéennes déchireront la nuit au moment où d'impitoyables tourmentes fondront sur la campagne obscurcie. Pareille débauche ne saurait durer : à la splendeur de l'orage nocturne succédera celle de la Voie Lactée qui nous accompagnera jusqu'aux heures secrètes où le brouillard va de nouveau se lover dans son lit de rosée, au creux des vallons rafraîchis.
Bien sûr, une telle concentration de météores [ce terme désigne tout phénomène se déroulant dans notre atmosphère, rideau de pluie ou aurore polaire) tient de l'artifice. Ces photographies n'ont pas été cueillies en une seule journée ni depuis un seul lieu. Elles sont les fruits d'une quête passionnée qui remonte à l'enfance.
Je me revois courir derrière l'ombre des cumulus qui glissait au travers du pré. Je venais d'avoir sept ans et je m'émerveillais sous le ciel du Var. Aux énigmes que représentaient le bleu du ciel et les dimensions des nuages, s'ajoutaient, presque chaque soir, l'abîme de la voûte étoilée et les premiers vertiges sous la Voie Lactée. À la fin de l'été, le ciel devenait fou et j'assistais, terrifié et fasciné, à l'irruption de l'orage. Tonnerres et cataractes ! Abrité par des murs à l'épaisseur rassurante, je dévorais des yeux le spectacle de la forêt qui ployait sous la rouée, que ponctuaient ces irréels jaillissements de lumière. C'en était fait : je tombais amoureux du ciel, je tombais dans le ciel lui-même à l'image d'Henri Michaux expérimentant le dépouillement par l'espace, où le ravissement prend le pas sur l'épouvante. Dès lors, je n'ai cessé d'être fasciné par ce spectacle toujours renouvelé, voulant appréhender les dimensions de ces phénomènes qui s'offraient si simplement au regard et percer le secret des lois qui les régissent. Je pressentais que ce chaos apparent pouvait receler une harmonie d'un autre ordre, parfois entrevue au travers d'instants de grâce, de lumières époustouflantes, de scènes célestes empreintes d'une beauté extraordinaire, littéralement transcendante.
La photographie s'est ensuite invitée naturellement comme un outil idéal pour tenter de fixer ces instants d'exception, pour témoigner de ces émerveillements éphémères par nature. Mais c'est depuis mon installation dans le Gers en 2001 que cette quête des lumières rares est devenue une véritable obsession. La Gascogne me comble par la variété des jeux de lumière qu'offre la multitude de ses collines à l'heure des brumes ainsi que par ses vastes paysages ouverts où roulent librement des orages parfois exceptionnels. Le ciel y est présent, évidente moitié du paysage. La nuit venue, l'éloignement des centres urbains le préserve des formes les plus sévères de la pollution lumineuse. Par une nuit claire et sans lune, la Voie Lactée s'impose au regard et me permet de contempler un ciel presque aussi riche que celui de nos aïeux. Avoir ainsi le spectacle du cosmos sur le pas de sa porte est devenu, hélas, un privilège de plus en plus rare. Lorsque je musarde sous la voûte où l'étoile pullule, j'ai conscience que nombre de mes concitoyens ont complètement perdu ce contact quotidien avec le ciel, qu'il s'agisse de celui où se presse la foule des astres ou de celui qui porte l'orage.
Je vous invite à découvrir cet environnement où les forces élémentaires se donnent libre cours, ce ciel dont la sauvagerie va nous ravir mais aussi nous inquiéter.
Le moment est venu !
Pour commencer en douceur, pour que vous puissiez vous éveiller dans la soie des heures délicates, je vous propose de me suivre dans l'intimité d'une exquise nuit d'automne, à l'heure où naissent les brumes.
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