Auteur : Madison Smartt Bell
Traducteur : Pierre Girard
Date de saisie : 03/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Lettres anglo-américaines
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 9782330000448
GENCOD : 9782330000448
Sorti le : 05/10/2011
En cette nuit du 11 septembre 2001, Mae n'est pas, comme d'ordinaire, en train de rôder, fusil en main, dans les ténèbres du désert du Nevada : dans la caravane où elle vit seule, elle se repasse en boucle les quelques secondes de vidéo où elle vient de reconnaître, parmi les New-Yorkais paniques courant dans les décombres, le visage convulsé de Laurel, la femme qu'elle a aimée et qui a disparu de sa vie depuis trente ans. Loin de partager l'effroi que suscite sur la planète entière le spectacle des deux tours qui ne cessent de s'effondrer, Mae y lit une invitation longtemps espérée à assumer de nouveau pleinement la cruauté à laquelle elle a, très jeune, été initiée par son propre frère avant que, entre drogue et sexe, Laurel et elle ne fassent, jusqu'au bout, l'apprentissage de la violence au sein d'une secte restée célèbre pour l'atrocité d'un de ses crimes "rituels" à la fin des années soixante.
Mais Laurel, contactée, refuse radicalement de renouer avec cette dangereuse mémoire dont Mae, qui hait la pusillanimité des "mortels", se veut la gardienne farouche et passionnée. Lâchée dans ses rêves de carnage et de sanctuaire amoureux, Mae accule alors son ancienne compagne à une ultime rencontre.
A travers le saisissant personnage de Mae faisant fusionner au creuset de son délire deux des épisodes les plus emblématiques de l'histoire récente des États-Unis, Madison Smartt Bell en appelle aux mythes dionysiaques pour interroger avec audace le présent d'une humanité dont la propension archaïque à rechercher l'extase dans la catastrophe contribue à façonner l'éternel enfer.
Toute l'oeuvre de Madison Smartt Bell est publiée en France par Actes Sud. Dernier ouvrage paru : La Ballade de Jesse (2009).
La Couleur de la nuit est un monologue, une confession. Madison Smartt Bell déclare avoir écrit «sous la dictée des démons». Il a rempli ces pages dans une semi-transe, inspiré comme on l'était jadis par la muse. Une muse qui n'avait pas de jolies choses à raconter. C'est vers l'inceste qu'on avance, vers ce frère qui attachait, embrassait, mordait ; vers cette «Chose-mère» qui, voyant l'ecchymose sur la mâchoire, lâchait : «Vous avez des jeux trop violents» Bien sûr, ce roman fait souffrir, il n'a rien d'agréable,..
Mais pourquoi lisons-nous ? De la violence universelle comme pâte à pétrir, il façonne un objet esthétique envoûtant, au confluent des Anciens et des Modernes. On pense à l'Euripide des Bacchantes et à la Joan Didion de Maria avec et sans rien. Les chapitres courts, chocs à la chaîne, se lisent en poèmes, l'ensemble comme un recueil qui quadrille l'Amérique, des plaines désertiques aux «colonnes d'ombre à l'endroit où s'étaient dressées les tours». C'est une nation mise en prose, divisée, calcinée, fabrique à mirages, royaume des fous ; elle connaît ses mythes, reste sourde à ses monstres. Voilà leur chant.
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