Auteur : Laure Murat
Date de saisie : 10/12/2011
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Hors série connaissance
Prix : 24.90 € / 163.33 F
ISBN : 9782070786640
GENCOD : 9782070786640
Sorti le : 22/09/2011
Au lendemain du retour des cendres de Napoléon Ier, en 1840, le directeur de Bicêtre voit arriver dans son asile quatorze nouveaux «empereurs». Tous les fous, dit-on, se prennent pour Napoléon. Que disent les archives ? Et pourquoi Napoléon, mieux que Louis XIV ?
Le docteur Esquirol prétendait pouvoir raconter l'histoire de France à partir des registres des asiles. Laure Murât a voulu relever le défi, à travers une passionnante enquête sur les rapports entre histoire et folie. On y découvre le destin de l'horloger décapité, persuadé d'avoir «perdu la tête» sous la guillotine et de vivre avec une tête de remplacement. On y retrouve aussi des personnages célèbres, comme Théroigne de Méricourt, dont la folie a été a posteriori attribuée à son engagement révolutionnaire.
Idéologie ou pathologie ? Comment délire-t-on l'histoire ? Que signifie la «raison» d'État face à la «folie» révolutionnaire ? Ces interrogations courent tout au long du XIXe siècle, qui invente aussi bien la «monomanie orgueilleuse» des ambitieux de la Restauration que la «maladie démocratique» des communards, et brouille les frontières entre passion politique et débordement maniaque.
Personne n'avait encore entrepris ce travail, fondé sur des archives inédites et des centaines d'observations médicales, qui pose les jalons d'une nouvelle réflexion sur l'histoire et son imaginaire.
Laure Murat a publié plusieurs livres qui ont obtenu un succès public et critique exceptionnel : La Maison du docteur Blanche : histoire d'un asile et de ses pensionnaires, de Nerval à Maupassant (Lattes, 2001, Goncourt de la biographie et Prix de la critique de l'Académie française), Passage de l'Odéon : Sylvia Beach, Adrienne Monnier et la vie littéraire à Paris dans l'entre-deux-guerres (Fayard, 2003) et La Loi du genre : une histoire du «troisième sexe» (Fayard, 2006). Elle est professeure au département d'études françaises et francophones de l'Université de Californie-Los Angeles (UCLA).
Tempêtes de l'Histoire, tempêtes de la psyché : leur contiguïté fait le coeur du beau livre de Laure Murat. Dans «la Maison du docteur Blanche», elle explorait déjà la littérature psychiatrique. Cette fois, elle s'est astreinte à une plongée héroïque dans les répertoires d'écrou, les rapports de police, les fichiers des prostituées, les observations des médecins. Ce sont les archives du malheur social, monotones et grises comme lui. Trouées parfois par l'éclair d'une découverte...
En quoi les troubles psychiques sont-ils la conséquence des commotions nationales ? Quelle est la part de l'histoire dans le délire des êtres ? Ce sont d'ambitieuses questions...
Dans le grand vent qui emporte toutes les figures verticales de l'autorité, tout quidam est désormais le fils de sa seule volonté.D'où la perte tragique des repères. D'où la pression de plus en plus lourde que l'histoire fait peser sur la conscience d'hommes désormais seuls responsables de leurs échecs et de leurs malheurs. En mettant à mort la tradition, l'orageux XIXe siècle a, comme l'a si bien vu Michelet, atteint «la vie nerveuse dans ses sources mêmes».Et voilà de quoi comprendre la carrière éclatante que fait dans les asiles la figure d'un autre fils de ses oeuvres, ce Napoléon qui osa se sacrer lui-même empereur.
Tous les médecins de l'âme se sont posé la question de savoir si les troubles politiques jouaient un rôle dans l'éclosion du délire et dans l'apparition de la folie. C'est dans cette perspective que les fondateurs français de la psychiatrie, Philippe Pinel (1745-1826) et Etienne Esquirol (1772-1840), tous deux héritiers des Lumières, de la Révolution, de l'Empire et de la Restauration, ont abordé cette question à travers leurs écrits et leur pratique clinique. Laure Murat revisite cette problématique de façon résolument nouvelle dans L'Homme qui se prenait pour Napoléon, un essai fort bien documenté et appuyé sur des archives inédites. L'historienne compare en effet les élaborations théoriques et cliniques des deux aliénistes et de leurs successeurs avec les discours des aliénés, célèbres ou anonymes.
De Bicêtre à Charenton, du marquis de Sade à Auguste Blanqui, c'est une poignante galerie de lieux et de portraits qui se dessine sous nos yeux, accompagnée d'une réflexion passionnante sur les rapports qu'ont entretenus les «aliénistes» (les premiers psychiatres) avec le pouvoir politique. On plonge, avec un mélange de fascination et de répulsion, dans cet enfer pavé de bonnes intentions que furent les asiles de Paris et de sa banlieue.
En se plongeant dans les archives des grands centres d'enfermement pour aliénés du XIXe siècle, Sainte-Anne, Charenton, la Salpêtrière et Bicêtre, l'historienne a découvert comment l'instabilité de l'histoire engendre l'instabilité des esprits, et comment "le délire, rempart du sujet contre son propre effondrement, écrit-elle, a beaucoup à nous dire sur la violence politique".
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