Auteur : Nancy Huston
Date de saisie : 11/03/2011
Genre : Jeunesse à partir de 13 ans
Editeur : Thierry Magnier, Paris, France
Prix : 8.00 € / 52.48 F
ISBN : 9782844209047
GENCOD : 9782844209047
Sorti le : 02/03/2011
Dans son journal, Lucy écrit tout ce qu'elle ne peut pas dire à haute voix. À treize ans alors que les idées se bousculent dans sa tête et les sensations dans son corps, elle a du mal à supporter son père pasteur et sa mère un peu rigide. L'arrivée du docteur Beauchemin à la maison lui offre un interlocuteur troublant. Dans la touffeur de cet été 1936, la jeune fille découvre des sentiments nouveaux, indicibles.
Après avoir grandi au Canada, Nancy Huston suit son père aux États-Unis lorsqu'elle a quinze ans et finit ses études à New York. Quand Nancy a six ans, sa mère quitte brusquement son foyer pour aller mener sa vie ailleurs. Un traumatisme douloureux mais fondateur qu'elle transforme en richesse : c'est par l'imagination qu'elle va tenter de comprendre l'incompréhensible. 'La Virevolte' (1994) et 'Prodige : polyphonie' (1999) abordent le sujet de façon explicite. Venue à Paris pour un an en 1973, Nancy Huston reste et devient élève de Roland Barthes. Elle débute sa carrière en tant qu'essayiste pour le MLF, et pour des journaux de femmes tels que Sorcières, qu'elle a cofondé, et publie son premier roman en 1981 'Les Variations Goldberg'. Avec 'Cantiques des plaines' (1993) - Prix du Gouverneur général - elle retrouve sa langue maternelle et, depuis, se traduit elle-même dans les deux sens. En 1996, 'Instruments des ténèbres' obtient le Goncourt des lycéens. Sous forme polyphonique, typique de Nancy Huston, elle donne voix à plusieurs personnages, voire même à une glycine, un étang ('Une adoration', 2003, son dernier roman) ou Dieu en personne (Dolce Agonia, 2001.) Nancy Huston partage son temps entre Paris et le Berry, où elle vit avec son mari, le sémiologue d'origine bulgare Tsvetan Todorov et leurs deux enfants.
Mercredi 29 juillet 1936
Treize ans aujourd'hui. Enfin ! C'est la fin de l'enfance. J'attends ce jour depuis si longtemps et maintenant qu'il est là... bon, bon. Pas grave. Un péché d'en vouloir plus, pour mon anniversaire. Un péché de vouloir quoi que ce soit, par les temps qui courent. Alors voilà, en guise de cadeau : un ruban en dentelle blanche, arraché au bas de la robe de mariée de maman. Pour attacher mes cheveux, soi-disant. Mais ça glisse et tombe et n'attache rien du tout, tellement mes cheveux sont fins et ternes et raides et peu coopératifs.
Voudrais écrire dans ce carnet tous les jours à partir de maintenant. Au moins quelques mots. Journal refuge. M'amuser avec des mots, avec l'idée des cheveux non coopératifs - des cheveux qui n'en feraient qu'à leur tête (les cheveux ont-ils une tête ?). Tout seuls, ils se dresseraient en soleil autour de la mienne... Non, pas le soleil. Ne pas penser au soleil, ne pas le dire ne pas l'écrire : le soleil nous tue en ce moment.
Bref ce ruban en dentelle : m'en fous. Il aurait mieux fait de rester en bas de la robe de mariée de maman. Le mariage veut dire : toujours, toujours. Je promets chéri de m'ennuyer toujours à tes côtés, jusqu'à ce que mort s'ensuive. (Je peux écrire tout ce que je veux ici, c'est extraordinaire ! Pas besoin de me surveiller. Je suis libre. Je peux mentir, être débile, dire des gros mots et des bêtises, personne ne me punira. Je peux même faire des fautes d'orthographe si ça me chante, mais ça ne me chante pas. Je suis fière d'être la première en orthographe de toute mon école, ça m'a valu un prix sous la forme d'un gros dictionnaire Webster's !)
À table, ils ont tous chanté Happy Birthday. M'en fous. Il n'a rien de joyeux, mon anniversaire.
(Ah que ça fait du bien, que ça fait du bien de pouvoir écrire m'en fous ! Tu recopieras cent fois dans ton cahier, mademoiselle : m'en fous, m'en fous, m'en fous...)
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