- Marcel Moreau
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
Vous avec disais-je, oui, vous avec mon adoration, elle est à vous. Soyez-en longée, bordée, enveloppée, dénudée, rhabillée, creusée, transpercée, elle est à vous. Chez moi, adoration est un mot de la force d'un sacre, qui aurait le torse d'un cantique. Je ne le prononce qu'à genoux. Il plie sous sa déraison, se redresse d'un argument, ou de mille, tous indicibles. Mon adoration n'est pas un mot, c'en est le débordement en vous, dans votre corps consentant, convoquant. Mon amour a besoin de vous adorer. En (...)
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.. Bégaiement de l'impossible et de l'impensable
- Dominique Sampiero
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
Tout petit j'ai cru qu'on avait cousu les lèvres de mon père avec un fil de fer invisible. Le même que celui des clôtures sans barbelé. Ma mère au contraire parlait beaucoup. Elle avait peur de son ombre et m'obligeait à ouvrir et fermer les placards pour vérifier qu'ils étaient vides. Elle craignait que sa parole un jour sorte des armoires et la dévore. D. S. Parler de dieu, du silence, de la mort, de la lumière, du vide ou de la vie éternelle est un pari impossible. À part dans le doute et le bégaie (...)
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- Jean-François Pocentek
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
Le livre Le Café des immobiles prend place dans ce Nord déshérité où la rudesse de la vie met à vif toute parole, aiguise toute émotion, habite tout regard. Sous la forme d'un récit, l'auteur croise de manière très singulière les destins de Pierre et de Simon à travers le déchiffrement d'une correspondance et d'un petit carnet trouvés par le narrateur chez un brocanteur. Sur cette trame, l'imaginaire tisse sa toile avec une précision d'horloger. L'écriture de Pocentek - dont le dépouillement rime tout à la (...)
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- Dominique Sampiero
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
Boire le ciel est une vieille coutume dans le Nord. Dès les premières tétées, au sein ou au biberon, petite blancheur sous la peau ou le verre, la mère s'assoit, voie lactée docile, près d'une lucarne ou d'une fenêtre, et s'il fait bon, dehors, en plein ciel, sur une chaise de paille ou un seuil de pierre bleue. Les yeux de l'enfant s'ouvrent, se ferment, et le lait glisse en lui avec les oiseaux, les nuages, le bleu et le gris du vide. Avec les flaques, les chenilles, les araignées et les lombrics, la vie (...)
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- Christian Bobin
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
Il faut que la vie nous arrache le coeur, sinon ce n'est pas la vie. Carnet du soleil s'inscrit dans la continuité de «La plus que vive» (Gallimard, 1996) : Christian Bobin reprend sa plume pour s'adresser après quinze ans de silence à celle qui bouleversa sa vie en disparaissant prématurément à l'âge de 44 ans : «Mourir ne referme pas le livre à sa dernière page» écrivait-il alors. Il revient aujourd'hui vers elle, le temps passé a laissé la mémoire de l'Autre merveilleusement intacte, épurée même, une (...)
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. Ce lieu que les pierres regardent, Suivi de Variations, Pas japonais, L'invention de l'espace
- Jean-Louis Giovannoni
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
Qu'est-ce marcher, parler, écrire, bouger, qu'est-ce que ces actes qui nous mettent au monde, en monde, comme se plaît parfois à dire Jean-Louis Giovannoni ? Le poème est ici pensée en perpétuel mouvement, et le mouvement est la matière même du dire : «Peut-être ne dit-on que le mouvement». Une pierre, un homme qui marche, un posé de mots sur la feuille : cette simplicité est inépuisable. L'apparente stabilité du monde, c'est du mouvement encore : «L'immobile d'une chose / est toujours le geste qu'il faudra (...)
_ Cecilia
- Antonio Gamoneda
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
Cecilia est une parenthèse heureuse dans l'oeuvre sombre et tourmentée d'Antonio Gamoneda. Devant l'innocence et la grâce légère de l'enfance, la poésie qui, pour le poète, dans ses livres plus graves, est «le récit de la manière dont on va vers la mort» devient, pour un temps limité mais sans mesure, celui de la manière dont on va vers la vie. Car c'est à travers les yeux de sa petite fille, qu'Antonio Gamoneda découvre soudain ce monde dont il ne cesse d'évoquer la perte et la disparition, comme s'il le v (...)
.. Celle qui n'a pas les mots : frontispice de Jean-Gilles Badaire
- Joël Vernet
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
Elle marchait dans le silence comme une reine sur les eaux. Les sages sont ainsi : souvent, ils n'ont plus les mots, plus aucun mot dans la bouche pour dire la démesure de ce monde. La réponse est parfois sous la moindre touffe d'herbe. Mais elle n'est pas plus dans la lumière que font les arbres que dans le silence de Dieu, le vol des oiseaux. Même les ciels d'exception ne nous délivrent pas les mots en mesure de nous sauver, de panser notre âme blessée. Vivre, c'est creuser en vain la terre d'attente don (...)
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- Jacques Ancet
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
Je me suis coupé la langue. Je l'entends maintenant qui parle, jetée entre feuilles sèches, mottes gelées et plaques de neige. Que dit-elle pour qu'il en sorte ainsi ce bruissement continu d'une eau courante sous le froid et la brume ? En attendant, je suis muet devant le jour. Ne me restent que des yeux vides d'aveugle et un corps qui n'est pas le mien. Le temps s'est arrêté dans sa course effrénée. On dirait un vêtement tombé au sol. Pour le ramasser, il me faudrait les mains que je n'ai pas. J. A. (...)
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- Yves Namur
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
La nuit, certains quittent leur lit et l'on se dit simplement qu'ils sont somnambules et que cela passera peut-être avec le temps, que l'âge arrangera tout ça. D'autres se lèvent aussi, mais on ne sait pas trop vers où ils marchent et ils ne semblent jamais regagner leur lit. On se dit alors que ceux-là vont marcher jusqu'au bord du visible, jusqu'au bord inespéré du visible. Né à Namur en 1952, Yves NAMUR vit en Belgique où il dirige les éditions du Taillis Pré et exerce la profession de médecin. Il e (...)
.. Envisager : sous les portraits de Gilbert Pastor
- Jean-Louis Giovannoni
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
On ne peut pas faire face à une peinture. Avec elle le vis-à-vis est impossible. Inutile. Chacun restant sur ses positions. Si le désir d'aller plus loin grandit, une seule solution : le plongeon ! Ce que je fis dès ma première rencontre avec les peintures et dessins de Gilbert Pastor. Il me montra ce qu'il appelait des «intérieurs» ; chambres où des personnages indistincts passaient ou stagnaient, on ne savait pas trop ; femme ou homme; enfant ou... Tout ça m'appelait et sans hésiter j'entrai aussitôt dans (...)
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.. Histoire naturelle de l'imaginaire
- Pierre Bettencourt
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
Derrière la façade mystérieuse de ces plantes ou de ces animaux bizarres n'appartenant ni à nos familles, ni à nos catégories, se dissimulait-il quelque part le double de cet étranger dont nous nous sommes crus les seuls détenteurs et qui, déposant parfois son sourire sur un de nos visages, nous a permis d'entrevoir les audaces de l'âme quand elle veut bien devenir l'âme humaine ?
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- Joël Vernet
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
Pendant presque mille quatre cents ans, des rois se sont succédé de manière quasiment ininterrompue sur le trône de France. Ils étaient issus de trois célèbres dynasties, les Mérovingiens, les Carolingiens et les Capétiens. À travers l'épopée tumultueuse de leurs vies et de leurs règnes, où se révèlent des personnalités diverses et parfois controversées, renaissent avec un grand éclat les heures les plus prestigieuses et les plus exaltantes de notre Histoire. Roi à douze ans, Charles VI eut un des règnes (...)
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- Jean-François Pocentek
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
Parfois, il n'en faut pas plus. Juste ça. Un qui n'est pas comme les autres, et une sourde haine dans l'ennui des saisons répétées. Dans un silence de canal d'hiver, ils sont arrivés lentement, avec de l'alcool dans la bouche, du rire dans les dents et du froid dans la tête. Ils l'ont pris sous les bras, l'ont amené au milieu de la pièce, et là, sur le plancher, il lui ont cloué les pieds. J.-F. P.
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.. L'identité obscure. Frontispice de José Pini
- Jacques Ancet
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
Autour de toi toutes les choses sont à leur place et luisent, mais est-ce entre elles ce qui les sépare, les réunit, l'intervalle dis-tu, c'est ça, oui, l'entre ce qui vient et ce qui s'en va, ce léger éclat, celui contre la vitre d'un paysage et sa bruine solaire, ses collines, son ciel, avec ce tremblement de feuilles et cette lumière qui ressemble à l'enfance puisque tout lui ressemble quand tu n'en finis pas de la perdre, la trouver, tu dis à peine mais l'eau déjà emporte l'eau, ce que tu veux (...)
En savoir plus sur "L'identité obscure. Frontispice de José Pini"
- Jacques Ancet
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
Il dit : je ne suis jamais parti - c'est lui, dans la splendeur de l'été - je suis simplement sorti chercher ce que je n'ai pas trouvé, tu sais, cette phrase qui aurait été la perfection du fini. La seule possible. Maintenant je la vois. Elle est là, tout près, je peux la dire mais je ne retrouve plus ma bouche. Jacques ANCET est né à Lyon en 1942. Poète, romancier et essayiste, il est l'auteur d'une trentaine de livres. Traducteur, Jacques Ancet a introduit en France l'oeuvre de plusieurs poètes et écriv (...)
En savoir plus sur "La dernière phrase"
- Joël Vernet
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
Très jeune, j'ai souhaité donner un nom à la lumière, à l'amour. Mais ce nom introuvable s'est élancé le long des rivières, à travers les rues bruyantes des jours. L'amour dormait au bord des chemins - il m'aurait suffi de le prendre -, dans l'encre noire des livres qui s'écrivaient lentement dans le ciel d'enfance. Ma vie s'est mise à errer d'un livre à l'autre. Elle n'a jamais cessé d'errer, ma vie, comme la vôtre, comme les nuages. Elle passe les frontières des pays comme les enfants franchissent les hai (...)
En savoir plus sur "La lumière effondrée"
- Jean-François Pocentek
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
La patience des goélands constitue le dernier volet d'une trilogie ouverte avec Café des immobiles et poursuivie avec L'écluse des inutiles. Dans ces trois récits pourtant indépendants, les personnages apparaissent et réapparaissent pour s'éclairer les uns les autres, prenant chaque fois un peu plus d'épaisseur, enrichissant un univers commun marqué par la tragédie de la vie et par la singulière beauté du dépouillement. Un homme est assis sur un banc, face à la mer du Nord, une femme vient s'asseoir à ses c (...)
En savoir plus sur "La patience des goélands"
- Alain Roussel
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
Soudain la nuit est femme, avec ses grandes échancrures ouvertes sur la vie et sur la mort, avec son décolleté d'africaine donnant sur la savane brûlée et ses longs cils offrant un horizon à l'invisible, nuit des enlacements et des étreintes, ouverte à coups de reins et de mots, cris et larmes mêlés, et ce quelque chose qui sort de soi pour s'épanouir en étoile dans le coeur de l'autre ! A.R
En savoir plus sur "La voix de personne"
- Thierry Martin-Scherrer
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
Zal : spleen polonais. Liszt écrit : "Le zal colore toujours d'un reflet tantôt argenté, tantôt ardent, tout le faisceau des ouvrages de Chopin." (Franz Liszt : "Chopin".) Fantôme : revenant. Essence de la musique de Chopin : génie de l'après-coup, conscience du jamais plus, brûlure du trop tard. Ferment de nostalgie dont la souffrance est assumable par la seule création - ou perpétuelle recréation de soi -, une réponse a posteriori à l'appel du monde : un désastre inspiré. Cette essence revenante trahit, ç (...)
En savoir plus sur "Le fantôme de Chopin"
. Le maître de la poussière sur ma bouche
- Dominique Sampiero
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
Voici un texte sur le silence de mon grand-p�re. Et l'ombre de ce silence qu'�tait ma grand-m�re. Au village on les appelait la planche et le silure. J'ai grandi comme un petit pois et une mouche dans le feuillage de leur visage qu'un sourire parfois entrouvrait pour me laisser partir. Leur patience m'a appris cette danse de l'arbre qui l�che ses oiseaux entre le ciel et la terre. Que jouir se frotte sur le trou de pic vert cach� sous les jupes des filles. Et que ma vie r�elle passait comme un n (...)
En savoir plus sur "Le maître de la poussière sur ma bouche"
- Alain Roussel
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
C'est ta chair dans ma chair qui hurle Aliéna quand tu tourbillonnes au milieu des pingouins, en habit de gala noir et blanc, sur la banquise d'une écriture polaire qu'on nous impose partout, dans les livres comme dans la vie, c'est ta bouche qui crie à chaque instant dans ma bouche et qui me force à écrire ce récit, le récit de ton corps emprisonné dans la blancheur exsangue, celle d'un univers frappé d'anémie, resserrant ses anneaux autour de ta présence, c'est la mort qui rôde aujourd'hui dans les mots, (...)
En savoir plus sur "Le récit d'Aliéna"
- Yves Namur
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
La rose Et le promeneur fatigué sont là Qui écoutent le merle Et les solitudes noires du pré. L'un et l'autre sont assis Au bord de l'herbe, au bord de la pensée, Tout au bord du vide. L'un et l'autre, Comme autant de cristaux et de cendres Qui se souviendraient encore de l'étoile jaune. L'un et l'autre regardent le monde Et cette douleur Cachée dans la bouche des hommes. Né à Namur en 1952, le poète Yves Namur qui exerce la profession de médecin a déjà publié une vingtaine de recueils parmi l (...)
En savoir plus sur "Les ennuagements du coeur"
- Jean-Luc Parant
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
«J'ai fait naître cinq enfants, quatre filles et un garçon en l'espace de vingt-et-un ans, du doute août mille neuf cent soixante-six au onze septembre mille neuf cent quatre-vingt-sept. Cinq enfants comme les cinq doigts de la main : Marie-Sol le pouce, Sibylle l'index, Anaïs le majeur, Noémie l'annulaire et Quentin l'auriculaire. Cinq enfants, comme s'il me manquait depuis les cinq doigts d'une autre main, cinq autres enfants que je n'ai pas faits, cinq autres enfants qui me font défaut et qui me manquera (...)
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.. Oraisons charnelles et autres prières des corps en sens inverse du ciel
- Marcel Moreau
- Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse
Le seul extrême qui me tienne en haleine est celui qui, de dénivellations provoquées en déséquilibres assumés, bascule l'homme dans un gouffre où se joue le devenir de son être, en tant qu'incommensurable et indomptable.
En savoir plus sur "Oraisons charnelles et autres prières des corps en sens inverse du ciel"
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